AGP : « nous rêvons d’une nouvelle rencontre entre le patrimoine culturel et le public »

Didier Happe, co-gérant de la société Art Graphique & Patrimoine présente ses réalisations et  projets numériques en matière de culture et de patrimoine.

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Présentez nous en quelques mots AGP ?

ART GRAPHIQUE ET PATRIMOINE est la principale entreprise française spécialisée dans la numérisation du patrimoine architectural et des œuvres d’art. Société atypique, elle est composée de professionnels de la restauration du patrimoine : tailleurs de pierre, charpentiers, historiens, ingénieurs photogrammètres, graphistes. AGP réalise pour le compte de ses clients, architectes spécialisés ou maîtres d’ouvrage, des relevés architecturaux de plus de 600 monuments historiques prestigieux en France et à l’étranger.

Nous nous sommes naturellement et progressivement tournés vers le numérique. AGP a ainsi développé une activité de mise en valeur du patrimoine culturel à partir de données en 3D, telles que des copies de sculptures, des applications en 3D temps réel, des films ou de la réalité augmentée.

Quand et comment êtes vous passés de l’architecture professionnelle au numérique grand public ? que représente cette nouvelle activité ds vos activités globales ?

L’articulation ou le passage entre le relevé architectural  et la mise en valeur du patrimoine via des outils numériques sont naturels chez AGP et remonte quasiment à la création, en 1994. Le développement des technologies de numérisation par le biais de laser scanner 3D toujours plus précis et plus puissants permet d’acquérir très rapidement une grande masse de données en 3 dimensions qui permettent par la suite, soit de réaliser des plans en 2D ou 3D ou pour imaginer des restitutions ou des applications tournées vers le grand public. La clé de l’activité d’AGP est la maîtrise et l’excellence du contenu fourni ainsi que sa pertinence historique.

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Traditionnellement, l’activité de relevés architecturaux est majoritaire. L’arrivée et le développement des applications de réalité augmentée dans le monde culturel pourrait inverser cette tendance dans les prochaines années. Néanmoins, nous tenons à rester des spécialistes du patrimoine culturel et ne souhaitons pas devenir une société d’animation.

En quoi la RA peut transformer / révolutionner la valorisation du patrimoine ?

LA RA apporte une nouvelle expérience de visite d’un monument, d’un site historique ou d’un musée. Elle représente une énorme force d‘attraction potentielle pour le public de tout age, car elle allie l’information, la connaissance, le jeu et le spectaculaire. La RA recouvre de nombreuses technologies et de nombreux usages, la plupart d’entre eux restant à découvrir. Entre des renseignements apportés au visiteur sur téléphone portable, une manipulation d’un objet virtuel via le web, une reconstitution sur une borne fixe d’un monument disparu ou la visite en temps réel d’un monument à une certaine époque via un terminal informatique mobile, les usages sont très divers et beaucoup d’entre eux restent à inventer.

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La RA reste une technologie : le développement de son ou de ses usages est maintenant de la responsabilité ou de l’envie des acteurs du monde du patrimoine.
Nous avons en France les champions mondiaux de la technologie de réalité augmenté. Saurons nous être les champions de la diffusion de cette technologie dans nos musées et nos sites culturels ?

La France à l’air un peu en retard dans l’utilisation de cette technologie dans un contexte culture. Comment l’expliquez vous ? technologie trop chère ? choc culturel patrimoine / technologie ?

Il y a en effet un décalage important entre le dynamisme et la vitesse du développement technologique made in France, via des sociétés comme Total Immersion, N°1 mondial, et la prudence des institutions culturelles françaises à développer ce genre d’applications dans leur musée ou dans leur site.

A ce jour, les applications de RA culturelles (hors enrichissement par le texte seul, par exemple pour visionner le programme d’une exposition ou avoir quelques informations complémentaires sur une œuvre) se comptent sur les doigts d’une main. C’est dommage.
Le prix de la technologie n’explique pas tout. C’est toute une politique d’accueil des visiteurs qui est bouleversée par l’apparition de ces technologies qui permettent de donner à voir ce qui était jusqu’à présent du domaine réservé des conservateurs et des chercheurs. Il s’agit de faire entrer l’expérimentation personnelle dans le champ de la culture apportée. Les institutions culturelles étrangères, dont certaines utilisent déjà des applications de réalité augmentée paraissent moins frileuses par rapport à ces nouvelles technologies et ces nouvelles propositions culturelles.

Pensez vous les gestionnaires culturels / patrimoniaux (publics ou privés) prêt à investir ce nouveau champs ?

Nous sommes en contact avec de nombreuses institutions culturelles qui marquent un grand intérêt pour la RA. Espérons que ces contacts donneront lieu à des réalisations concrètes.

Quels sont les projets culturels / patrimoniaux que vous avez réalisé avec la RA ?

AGP avec ses partenaires, notamment la société AXYZ a réalisé deux applications de RA culturelle : la reconstitution du cabinet de travail de Charles V au Château de Vincennes  et la présentation du nouveau spectacle de son et lumière de la Cathédrale d’Amiens.
Ces deux applications reposent sur des choix technologiques et sur des présentations différentes, mais reposent toutes les deux sur un soin particulier apporté à la qualité et à l’exactitude du contenu.
Elles adressent des publics différents mais reposent sur le même dessein : apporter une expérience culturelle intense, permettant au visiteur d’apprendre quelque chose, de s’approprier le monument de manière dynamique, ludique et spectaculaire.

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AGP a développé le projet RA de Vincennes / cabinet de Charles 5. Quel est le projet ?

Le Centre des Monuments Nationaux a depuis de nombreuses années été moteur de l’utilisation de la RA culturelle : l’exemple de Cluny est révélateur. Le CMN a donc accueilli avec enthousiasme notre projet de reconstitution du cabinet de travail de Charles V au 14ème siècle et nous a apporté un soutien sans failles. Cette application de RA mobile sur UPMC a été présentée officiellement en juin 2009 dans le cadre de Futur en Seine et a rencontré un énorme succès.

Comment est né ce projet ?

La genèse du projet a été simple : une équipe pluridisciplinaire motivée et dynamique : l’architecte en Chef des Monuments historiques, l’unité de recherche du CNRS du Château qui nous a guidé dans la présentation du contenu, l’administratrice du château de Vincennes pour le CMN, AGP et AXYZ.

Les questions clés posées ont été les suivantes : quelle proposition de restitution faire au public, qui soit validée scientifiquement, quelle technologie utiliser, comment l’intégrer dans un monument historique, quel outil de visualisation proposer, comment assurer l’intégration de ce dispositif dans le cadre d’une proposition culturelle existante, quelle rôle pour les agents et guides du château.

Quel en est son budget ?

Moins de 6 mois de développement, pour un montant global de 100 000 €, partagé entre les différentes parties (Conseil Régional d’Ile de France, CMN, AXYZ et AGP), le premier dispositif français de réalité augmentée culturelle mobile sur UMPC a vu le jour. Il a rencontré un très grand succès, tant en nombre de visiteurs qu’en termes de satisfaction, dont le taux frise les 100%.
Le dispositif qui était expérimental, est devenu définitif et fonctionne au château, pour le plus grand plaisir des visiteurs.

Quelles leçons en avez vous tiré ?

Depuis, les technologies ont évolué à très grande vitesse : les marqueurs visibles sont déjà remplacés par d’autres systèmes de tracking invisibles et non invasifs, les ordinateurs ont gagné en puissance, les usages ont évolué, le grand public commence à s’approprier ces nouveaux usages. Il ne fait aucun doute que les institutions culturelles devront prendre en considération tôt ou tard cette nouvelle évolution de la société.

AGP a également développé le projet RA de la Cathédrale d’Amiens. En quoi cela consiste t il ? En êtes vous l’initiateur ?

La problématique de la ville d’Amiens était très différente de celle du CMN. Il s’agissait de présenter le nouveau spectacle de son et lumière de la Cathédrale en couleur de manière originale et dynamique. Le choix a été fait  de la réalité augmentée comme vecteur de communication car permettait de conforter la ville d’Amiens dans son image de ville en avance technologiquement et de permettre aux habitants « d’emporter » la cathédrale chez eux, de se l’approprier de manière différente et spectaculaire. Le résultat est une augmentation de 30% de la fréquentation du spectacle en juillet.

3 bornes de réalité augmentée sont également réparties aux endroits stratégiques de la ville (Mairie, Office du tourisme, centre commercial) et permettent aux habitants de tester le dispositif.

Au niveau du projet, il s’agit d’un dispositif visible sur le web, téléchargeable sur le site de la ville d’Amiens, fondé sur la technologie de Total Immersion, qui permet de s’affranchir totalement des marqueurs visibles et qui présente une très grande robustesse d’utilisation. L’alliance de la technologie développée par Total Immersion, du savoir faire technique d’AXYZ pour l’intégration en réalité augmentée  et de la qualité du contenu réalisé par AGP, sous la vigilance de la Direction du Patrimoine de la Ville ont fait d’Amiens la première ville augmentée culturelle de France.

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Peut on donner le budget ?

Le coût de 60 000 € pour l’application, qui peut paraître chère dans un premier temps, trouve ici une rentabilité immédiate en termes d’image et de fréquentation. A l’origine projet entrant dans le cadre du plan de communication de la ville,  le contenu développé sera réutilisé par les services du patrimoine pour leur projet culturel.

Parfait exemple de coopération entre différents services aux objectifs différents et de mutualisation de l’effort de production de contenu : un contenu, plusieurs usages.

Souhaitons que d’autres collectivités suivent les pas précurseurs de la ville d’Amiens.

Quel serait votre projet rêvé / idéal en la matière, en France ?

Imaginons un peu l’avenir : qui n’a jamais rêvé de voir se reconstruire le théâtre Antique d’Arles sous ses yeux, ou de reconstruire le Forum Romain, le château de Versailles au temps de Marie Antoinette ou le Louvre sous Philippe Auguste ?
Nous n’avons pas de rêve pour un monument particulier. Nous rêvons d’une nouvelle rencontre entre le patrimoine culturel et le public. A nous tous d’en définir les contours.

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