Armelle Pasco (Orange): « les outils numériques doivent accompagner, et non remplacer la rencontre avec l’œuvre »

MOOC Impressionnisme avec la RMN-GP, réalité augmentée sur l’Atelier du Peintre à Orsay, visite robotique à Meaux, art numérique à Lyon … Orange conjugue innovation et culture dans de nombreux projets.  Armelle Pasco, Directrice des Partenariats Culturels d’Orange, nous parle des dernières réalisations et des futurs projets numériques culturels d’Orange.

armelFin 2014, votre direction a lancé un cours en ligne, MOOC, en complément de l’exposition « Paul Durand-Ruel, le pari de l’impressionnisme » qui a généré plus de 15 000 inscrits. Un chiffre record pour le premier Mooc culturel en France. Les chiffres de participation ont-ils confirmé ce succès ?

Ce MOOC, proposé en complément de l’exposition « Paul Durand-Ruel, le pari de l’impressionnisme » au musée du Luxembourg du 20 octobre au 8 février, a décidément rencontré son public. Ce succès est en partie dû au bouche-à-oreille puisque le nombre d’inscrits n’a cessé d’augmenter tout au long de ces 5 mois, pour finalement atteindre près de 15 500 inscrits ! En tout, 21 412 badges ont été délivrés et 1500 participants ont remporté la totalité des badges, recevant ainsi leur attestation finale ! La réussite de ce MOOC est liée à plusieurs facteurs, notamment la qualité et la diversité des contenus, préparés spécialement par des historiens de l’art, ainsi que la flexibilité du rythme d’apprentissage grâce à l’ouverture simultanée de toutes les séquences.

 Quelle a été la genèse de ce projet avec la RMN ?

Orange a toujours eu à cœur de mettre le numérique au service de la culture afin d’encourager la transmission et la diffusion des savoirs. Nous collaborions déjà depuis plusieurs années avec la Réunion des musées nationaux, que nous avions accompagnée par exemple lors de l’exposition Dynamo en 2013. Nous souhaitions continuer à explorer ensemble de nouvelles formes de relations avec les publics.

A travers sa plateforme Solerni, Orange avait déjà réalisé des MOOC liés à la formation professionnelle et l’idée d’un MOOC culturel est née naturellement. Chacun a apporté son savoir-faire : Orange, la technologie, l’ergonomie et l’apprentissage sur un support numérique, et la Rmn, les contenus et son expertise de la relation avec les publics.

RMN MOOC impressionisme long

Le MOOC est-il un moyen de promouvoir ou de prolonger une exposition ? 

Un MOOC est bien entendu le moyen pour certains de préparer et de compléter leur visite, mais aussi pour un public éloigné de découvrir l’histoire de l’art à distance. Le Mooc permet d’entrer au rythme de chacun dans le cadre d’une exposition, par une approche didactique et progressive, évidemment complémentaire de l’approche émotionnelle et physique d’une œuvre qui reste irremplaçable. Nous avons la conviction que ces nouvelles méthodes d’apprentissage accessibles au grand public vont devenir un enjeu clé pour la plupart des grandes institutions culturelles dans les années à venir.

Quel a été le budget de ce projet ? Comment mesurez-vous le « retour sur investissement » ou sur image ?

Nos projets culturels constituent une démarche citoyenne, tout en permettant de nourrir la recherche et le développement de notre Groupe. Ils sont une vitrine de notre capacité à innover et à nous engager pour rendre les bénéfices du numériques accessibles à tous. Le budget de ce projet, réalisé en collaboration entre les équipes de la Rmn et d’Orange, est estimé à environ 90 000 euros.

Le concept de MOOC autour d’un lieu culturel ou d’une exposition peut facilement se décliner. Préparez-vous d’autres projets de même nature en 2015 ?

Nous travaillons actuellement sur plusieurs projets de cours ouverts à tous : un MOOC autour de l’exposition événement sur Picasso de la Rmn est effectivement prévu à l’automne. Un MOOC sur la vie de Louis XIV, en partenariat avec le Château de Versailles qui est un partenaire fidèle, est également prévu à l’occasion de la grande exposition sur la mort du Roi.

Ce n’est pas votre premier partenariat avec la RMN-GP. Avez-vous d’autres projets avec cette institution ?

Nous avons organisé en avril un atelier créatif en collaboration avec les laboratoires de recherche d’Orange et des étudiants de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Déco, des ergonomes et designers. Ils ont travaillé sur des scénarios d’objets connectés dans la mode. Une restitution est prévue sous forme d’une conférence qui prendra place dans la programmation de l’exposition Jean-Paul Gaultier au Grand Palais, le 15 juin prochain.

Au musée de la Grande Guerre, vous avez inauguré en décembre un nouveau service de visite à distance. Est-ce une manière de transformer l’activité éducative des musées et de rendre plus attractif pour les jeunes les musées, notamment d’histoire ?

Ce service de visite à distance a en effet été développé à destination des publics scolaires. Il s’agit surtout de donner l’opportunité aux classes étant dans l’impossibilité de se rendre au musée d’accéder à cette collection unique qui offre un nouveau regard sur la Grande Guerre. Ce dispositif est d’autant plus pertinent que le Ministère de l’Education Nationale a fait de la transmission de l’histoire et des mémoires de ce conflit une priorité des programmes scolaires à l’occasion des commémorations du Centenaire de la Grande Guerre.

Musée Meaux-Orange classe

Vous avez également participé à la dernière édition de la Fête des Lumières de Lyon. Vous souhaitez ainsi marier numérique et art contemporain ?

Nous sommes convaincus que le numérique peut donner à la création artistique un nouveau souffle. Partenaires de la Fête des Lumières depuis quelques années déjà, nous avons participé pour la première fois au parcours des œuvres avec Surexposition, une œuvre interactive mettant en scène l’activité du réseau mobile de manière esthétique, conçue en partenariat avec l’Ecole Nationale des Arts , sous la direction de l’artiste Samuel Bianchini. Réciproquement, les quelques projets de ce type nous ont montré l’apport formidable du regard différencié de l’artiste sur les technologies numériques, en anticipation des usages futurs. C’est donc une démarche que nous allons poursuivre au travers de projets faisant appel conjointement à des ingénieurs de nos laboratoires et des artistes ou designers.

Un nouveau dispositif a été inauguré le 6 mai 2015 au musée d’Orsay, qui s’appuie sur l’immersion et l’interaction avec une œuvre. Pouvez-vous nous décrire ce projet très original ?

Nous sommes en effet très heureux d’accompagner la restauration de l’Atelier du Peintre de Gustave Courbet initiée par le musée d’Orsay avec un dispositif numérique basé sur la réalité augmentée.

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Les nombreux personnages de cette toile monumentale livrent leurs secrets aux visiteurs, à travers une expérience immersive, visuelle, mais aussi sonore. Notre dispositif permet également de découvrir les coulisses de l’œuvre, de comprendre la technique du peintre, les repentirs de la toile etc. Cette installation est semi-pérenne et restera disponible une fois la restauration terminée.

J’ajoute que ce projet est également le symbole du dynamisme de l’écosystème français qui s’est constitué autour de la réalité augmentée : il a d’ailleurs été sélectionné pour faire partie du Plan Nouvelle France Industrielle.

En quoi et comment les outils que vous avez déjà développés pourraient-ils être déclinés ou mis à la disposition d’institutions culturelles de taille inférieure et aux budgets très limités ?

Nos projets sont pluri-annuels et concernent en effet de grandes institutions. Cependant nous avons à cœur de partager les retours d’usage avec l’ensemble des acteurs de toute taille. Par ailleurs, certaines technologies que nous avons développées sur un mode de recherche ont ensuite pu être industrialisées pour un montant très accessible.

Entre le Grand Versailles Numérique (2005-2008) et aujourd’hui, en quoi le numérique a-t-il réellement transformé l’accueil et l’expérience du visiteur de musée ou de lieu de patrimoine ?

Les outils numériques accompagnent aujourd’hui le public dans tous les temps de la visite : ils permettent de la préparer, de l’enrichir et de la prolonger avec de nouveaux contenus.

Ces outils représentent également pour les musées une nouvelle forme de relation avec les publics, plus directe et donnant plus de place au dialogue : l’expérience au musée est désormais personnalisable, comme le montre par exemple le guide multimédia que nous avons développé avec le Louvre-Lens et qui propose au visiteur de découvrir la Galerie du Temps à travers 6 parcours thématiques, lui laissant la possibilité de choisir son parcours selon ses centres d’intérêt et ses affinités.

Certains considèrent encore les outils numériques comme des éléments perturbateurs de la visite et de la relation à l’œuvre ou opposent visites virtuelles et visites réelles. Après de si nombreux projets numériques muséaux, comment imaginez-vous cette relation ?

Nous sommes conscients des dérives qui guettent le « trop » numérique, a fortiori dans les musées où la multiplicité des supports proposés risque de déconnecter le visiteur de l’objet de sa visite.

Nous avons appris au travers de nos expériences à valoriser une logique de cohérence et de complémentarité : les outils numériques doivent enrichir le regard, interpeller le visiteur, accompagner, et non remplacer la rencontre avec l’œuvre.

Interview réalisée par mail le 16/05/2015

Date de première publication: 21/05/2015

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