Muriel Rausch, Jeu de Paume : « nous souhaitons développer un projet numérique destiné au jeune public»

Dans une interview au Clic France, la responsable des éditions du Jeu de Paume, Muriel Rausch décrit la stratégie numérique de son établissement et dresse un bilan de ses projets les plus récents.

PouveMuriel Rauschz-vous vous présenter ?

Je suis responsable des éditions du Jeu de Paume depuis mai 2011. Je travaille dans le domaine de l’édition de beaux-livres, livres d’art et catalogues d’exposition, depuis plus de 15 ans.

Pouvez-vous nous présenter le Jeu de Paume?

Le Jeu de Paume est un centre d’art dédié à l’image, ouvert à tous les publics, qui fête cette année ses dix ans : 10 ans d’expositions, d’action éducative et culturelle, d’édition, de cycles de cinéma, de rencontres et de conférences avec la volonté d’offrir une approche transversale des arts visuels, notamment à travers son site Internet et son magazine en ligne.

jeu de paume Application_GarryWinograndQuelles sont les principales activités numériques du Jeu de Paume, sur internet et in situ ?

Depuis sa création, le Jeu de Paume a tenté d’innover dans le domaine numérique, avec bien sûr, en premier lieu, son site Internet (refondu cette année) mais aussi son espace de création en ligne depuis 2007 (projets d’artistes conçus pour le web, expositions monographiques et thématiques), son magazine en ligne créé en 2010 (qui prolonge la réflexion autour des enjeux liés à l’image), ses premiers livres en version numérique depuis 2012 (collection Satellite) et sa première application numérique créée en 2013.

Comment sont organisées les activités numériques du Jeu de Paume ?

Les activités numériques se partagent entre plusieurs services : le service communication pour le site Internet et tout ce qui est lié aux réseaux sociaux, le service de programmation artistique et culturel pour l’espace de création en ligne et le magazine en ligne, les éditions pour les applications et les éditions numériques. Au total, une demi-douzaine de personnes traitent plus spécifiquement de ces sujets au sein du Jeu de Paume (sans compter les prestataires externes).

En quoi a consisté la refonte du site web du jeu de Paume en 2014 ?

Nous avons procédé à une refonte complète. Ce nouveau site, mis en ligne fin mai 2014, est en adéquation avec les pratiques numériques actuelles. Son objectif est triple : présenter la programmation du Jeu de Paume, accompagner les visiteurs dans la préparation de leur visite et prolonger celle-ci au travers de l’ensemble des ressources que recèle l’écosystème des sites du Jeu de Paume.

jeu de paume Nouveau Site

Centré essentiellement sur la communication autour de nos activités (expositions, cinéma, activités culturelles et éducatives), le nouveau site valorise l’image, dont le Jeu de Paume est le lieu de référence, mais aussi les portraits filmés des artistes exposés, les enregistrements sonores de nos conférences et séminaires, les dossiers documentaires pour les enseignants

La nouvelle proposition graphique répond, en priorité, à un souci d’établir une nouvelle hiérarchie entre l’information institutionnelle et les ressources spécifiques, tout en développant plus de liens entre ces différents contenus. Enfin, la refonte valorise les projets développés par le Jeu de Paume depuis 2010.

Vous proposez sur votre site un magazine en ligne. Comment est-il produit ?

Le magazine en ligne du Jeu de Paume est un site web, qui utilise diverses ressources technologiques et des formes de médiation spécifiques au web. On ne peut donc pas dire qu’il remplace à proprement parler un magazine papier. Certains contenus sont en effet des articles « classiques », tels qu’on pourrait les trouver dans un magazine imprimé, mais le Jeu de Paume a créé ce magazine web en menant dès le départ une réflexion  propre au support numérique. Lors de sa création, en 2010, le magazine s’est plutôt constitué sous une forme mixte, entre le site web et le blog enrichi, facilement modulable.

La périodicité n’est pas déterminée de manière stricte. En moyenne, le magazine publie deux nouveaux contenus chaque semaine. Il faut également préciser que le magazine en ligne a développé deux espaces autonomes ayant leur propre forme éditoriale : les blogs invités et les carnets d’artistes.

La rédaction des articles de fond est externalisée. Les articles courts ou les textes introductifs sont pour la plupart réalisés en interne. 

Sur votre site web, vous proposez beaucoup de contenus vidéos (notamment la collection de portraits pour les 10 ans). Sont-ils produits en interne ?

Nous travaillons pour les portraits filmés avec une société de production externe, choisie chaque année suite à un appel d’offre, mais la plupart des contenus vidéos – notamment du magazine, sont produits en interne

GARRY WINOGRAND at JEU DE PAUME from Jeu de Paume / magazine on Vimeo.

Vous êtes présents sur 3 plateformes de diffusion vidéo (YouTube, Dailymotion et Vimeo), y postez-vous les mêmes contenus ?

Nous sommes présents sur différentes plateformes, sur lesquelles nous postons des contenus peu différenciés. Les différences s’expliquent principalement pour des raisons techniques ou de référencement, même si nous souhaiterions travailler davantage autour de l’aspect réseau social et communautaire de Viméo.

GARRY WINOGRAND at JEU DE PAUME – Trailer from Jeu de Paume / magazine on Vimeo.

Vous avez lancé une opération sur snapchat. Quel bilan en tirez-vous ?

Nous avons lancé un Snapchat pour le Jeu de Paume en juin 2014. Quelques mois plus tard, nous avons près de 400 abonnés, principalement des adolescents et des jeunes adultes. C’est une manière pour nous d’échanger de brefs contenus, vidéos ou photos, pris dans les expositions, pendant les montages ou simplement des coulisses de la vie du Jeu de Paume sur un ton plus léger et plus décalé. Nos snaps sont bien lus (25 % d’ouverture) et nous recevons également de nombreux snaps de nos fans qui partagent leurs découvertes

Avez-vous une application mobile permanente ? Ou simplement un site mobile ou un site en responsive design ?

Le Jeu de Paume a privilégié le développement d’un site mobile adapté à tous types de mobiles, avec des contenus spécifiques adaptés au format. Par ailleurs depuis cet été, le nouveau site est développé en responsive design pour s’adapter à l’ensemble des supports et essentiellement les tablettes numériques.

Les deux dernières applications produites par le JdP, « Garry Winogrand » et « Inventer le possible » constituent-elles un nouveau pas dans cette activité numérique ?

Nous avions créé une première application en 2013 pour l’exposition «Erwin Blumenfeld», mais nous sommes allés plus loin avec «Garry Winogrand», qui est plus dynamique et fluide, et surtout «Inventer le possible».

Quels sont les contenus de ces deux applications ? 

. L’application «Inventer le possible» offre des focus sur vingt œuvres emblématiques et une biographie en images. Elle permet également d’explorer l’exposition du Jeu de Paume à travers deux films proposant un « Portrait filmé » de l’artiste par les commissaires de l’exposition et un « Regard » d’une personnalité du monde de l’art sur un choix de photographies. Entièrement gratuite, cette application pour smartphones et tablettes a été développée par studio.v2. L’application bilingue français / anglais est téléchargeable sur Apple Store (pour iPad et iPhone) et sur Google play (pour smartphones et tablettes Android).

. L’application «Inventer le possible» présente une sélection de 26 œuvres vidéo, in situ, au Jeu de Paume. Et l’application se substitue réellement au catalogue d’exposition imprimé classique. Nous avions enfin à disposition un support adapté à la vidéo, qui est si difficile à reproduire sur des supports imprimés. Application «Inventer le possible» sur Apple Store (pour iPad) et sur Google play (pour tablettes Android).

jeu de paume App_Inventer Le PossibleComment les avez-vous pensé ? Comme des appels à visiter les expositions ou des catalogues pour redécouvrir les œuvres déjà vues ?

Comme un moyen de préparer ou de prolonger sa visite, d’en ramener un petit souvenir chez soi, d’expérimenter sa propre navigation au sein des œuvres indépendamment de l’exposition, en dehors d’un ordre imposé.

Dans le cas de l’application « Inventer le possible », quel rôle les artistes ont-ils joué dans sa conception ?

Nous avions face à nous 26 artistes internationaux, il était donc quasi impossible de les impliquer dans la conception. L’application a donc été élaborée en lien avec les commissaires. Les artistes sont intervenus par le biais de courts entretiens sur le thème de l’exposition, qui figurent dans l’application.

L’application « Inventer le possible » est passée d’une diffusion gratuite à une diffusion payante (1,79 €). Quel en est le bilan ?

Après une période de lancement gratuite, on l’a en effet passée payante et les téléchargements ont alors été divisés par 4. Nous avons donc décidé de l’offrir gratuitement pendant le mois de décembre.

Pensez-vous que l’on puisse encore produire de l’édition numérique culturelle payante ?

Oui, mais probablement (et paradoxalement) en l’accompagnant d’un support imprimé.

Quel a été le budget de ces 2 applications ? Leur mode de financement ?

Le prix d’un catalogue pour «Inventer le possible», avec une subvention très généreuse des Amis du Jeu de Paume à hauteur de la moitié. L’application « Garry Winogrand » a été financée sur notre budget propre. 

Depuis 2007, le Jeu de Paume soutient la création Internet en présentant sur l’espace virtuel de son site. Comment choisissez-vous les créations diffusées ?

jeu de paume création en ligne EvilClowns3L’espace virtuel du Jeu de Paume est un espace autonome du site du Jeu de Paume, un espace d’expositions en ligne.  La sélection des artistes est réalisée en interne par la responsable des projets artistiques, Marta Ponsa. Nous explorons la création artistique qui utilise le potentiel et les possibilités créatives du réseau et qui réfléchit de manière critique sur les changements provoqués par internet dans notre façon d’appréhender le monde. Tous les projets choisis ont été crées spécialement pour le web.

Il y a eu des créneaux d’expositions où nous avons présenté des projets réalisés par un seul artiste ou collectif (« Les trucs » par le collectif Microtruc, « All Over » de Samuel Bianchini ou « Devenir Graine » de Daniaux & Pigot) ou bien nous avons présenté des projets collectifs thématiques sous le commissariat d’un spécialiste (« Identités précaires » , « Form@ts » et « Blow Up » par Christophe Bruno ; « Erreur d’impression » par Alessandro Ludovico).

Quand il s’agit d’une production du Jeu de Paume, nous rémunérons l’artiste. S’il s’agit de projets déjà existants, nous demandons aux artistes s’ils souhaitent nous «prêter» leurs projets gratuitement. Les commissaires invités sont toujours rémunérés. Nous présentons plus de 60 projets on line, qui sont toujours visibles sur notre site 

Comment financez-vous vos projets numériques ? Avez-vous des mécènes pour ces projets ? 

L’espace virtuel a bénéficié du concours des Amis du Jeu de Paume, ainsi que l’appli «Inventer le possible». Mis à part ces financements extérieurs, nous prévoyons chaque année une enveloppe dédiée.

Avez-vous de nouveaux projets numériques dans les cartons ?

Une application sur le « modèle » de «Garry Winogrand» pour l’exposition Philippe Halsman (prévue pour octobre 2015) et un projet destiné au jeune public d’ici deux ans.

Interview recueillie par mail le 6 décembre 2014.

Date de première publication: 19/12/2014

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