M. Vincent et C. Coughenour: « Nous souhaitons mobiliser le monde pour reconstituer le patrimoine culturel de la ville de Mossoul »

Détruits par le groupe État Islamique à la fin de février 2015, les vestiges archéologiques du musée de Mossoul vont être reproduits virtuellement dans le cade d’un projet européen. Deux semaines après l’annonce des déprédations, deux scientifiques européens ont pris l’initiative de lancer le projet MOSUL 3D (project Mosul). Leur objectif: restaurer virtuellement les vestiges détruits au musée de Mossoul et les mettre à disposition du monde sous la forme d’un musée virtuel. Matthew Vincent and Chance Coughenour, les initiateurs du projet répondent au questions du Clic France.

lion

Pouvez-vous vous présenter ? 

Nous sommes deux chercheurs en début de carrière, et nous participons à un projet de recherche financé par la Commission Européenne, le programme ITN-DCH (Initial training network for Digital and Cultural Heritage) consacré à la numérisation du patrimoine culturel, et dirigé par le coordinateur du programme ITN-DCH, Marinos Ioannides.

Notre programme de recherche est centré sur l’utilisation de la technologie numérique pour la protection, la préservation, l’analyse, les études et la dissémination du patrimoine culturel.

Nous avons lancé le projet Mosul 3D de notre propre initiative, indépendamment du programme de recherche mais l’expertise que nous avons acquis par le programme est extrèmement utile pour le projet Mosul. Ce dernier implique d’autres membres de l’équipe ITN-DCH qui apportent leur expertise en matière de graphisme, de technologie, de traduction ou tout autre apport de savoir-faire.

Destruction du musée de Mossoul (c) Al Jazeera
Destruction du musée de Mossoul (c) Al Jazeera

Pourquoi avez-vous décidé de lancer le projet Mosul 3D ? 

Après la diffusion sur le Web et sur les réseaux sociaux de la vidéo montrant la destruction de nombreuses statues, nous avons été à la fois profondément émus et choqués. Nous avons très vite souhaité participer à l’élan général de mobilisation pour le patrimoine de Mossoul.

Pour ce faire, il nous a semblé nécessaire de  pouvoir coordonner l’action des nombreux archéologues et historiens dans le monde entier mais malheureusement aucune plateforme n’existait. C’est ainsi qu’est né le projet de créer un musée virtuel présentant la richesse du patrimoine de Mossoul.

En quoi consiste le projet Mosul 3D?

Nous souhaitons mobiliser le monde pour préserver le patrimoine culturel de la ville de Mossoul, dans le nord de l’Irak. Nous cherchons à rassembler la documentation disponible et notamment les photos des statues, des frises et des reliques archéologiques. L’objectif est de créer un musée virtuel.

Si nous obtenons suffisamment de photographies et d’images, nous pourront reconstituer des modèles en trois dimensions des objects détruits. Ce musée virtuel permettra également d’identifier les œuvres qui ont été volées. Les modèles 3D pourraient également permettre de « reconstituer » les œuvres grâce à la technologie d’impression 3D.

La plateforme que nous avons ouvert fournit des outils pour les volontaires qui leur permettent d’organiser, de cataloguer et de gérer les oeuvres et leurs images associées.

Comment faites-vous pour reconstituer les objets détruits en 3 dimensions ?

Nous reconstituons les objets perdus grâce à la technique de la photogrammétrie, c’est-à-dire que nous utilisons un jeu de photographies pour calculer la géométrie de l’objet en trois dimensions. Ainsi nous espérons qu’en collectant suffisamment de photographies, de fichiers numériques ou de scans des oeuvres, il sera possible de reconstruire les objets virtuellement et de créer des substituts numériques de ces objets.

Nous regroupons, sur le site internet projectmosul.org, toutes les photos et tous les documents utiles permettant de restaurer virtuellement le Musée de Mossoul. Le but est de recréer des substituts numériques pour les différentes œuvres du musée. Toute personne qui souhaiterait aider est la bienvenue. Nous travaillons avec la direction locale du Musée de Mossoul autant que possible. Toutes les données générées par ce projet seront disponibles gratuitement pour tous.

Quels sont les premiers résultats ?

Le premier impact en terme de communication a été très fort: l’annonce du projet et les retombées presse ont permis de toucher plus de 800,000 personnes et le site web a déjà été fréquenté par plus de 10 000 visiteurs.

De manière plus opérationnelle, le projet a déjà suscité l’implication de nombreux contributeurs qui ont apporté de nombreuses images permettant de générer la première reconstruction numérique, celle du « lion de Mosul ».

Musul lion
by ingg
on Sketchfab

Peu de temps après la production du Lion, d’autres volontaires ont reproduit d’autres modèles. (Au 30 mars, 7 modèles étaient disponibles sur le site web, utilisant la technologie Sketchfab).

Nirgul Tablet
by chancec
on Sketchfab

Ceci est bien la preuve que Mosul 3D est un projet volontaire impliquant des volontaires du monde entier, et pas seulement nous deux.

mosul 2
Statues d’Hatra détruites par Daesh (c) http://amar.hsclib.sunysb.edu/

Sait-on quelle est la proportion des œuvres qui étaient dans le musée saccagé qui étaient des copies et dont l’original existe dans un autre musée ? 

Il semblerait que beaucoup des objets détruits dans le musée étaient des répliques car environ 1 500 objets précieux ont été déplacés après que le musée ait été pillé en 2003 pendant la guerre en Irak. Seuls quelques grands objets trop lourds à déplacer sont restés sur place. Parmi ces objets, on compte  des objets assyriens, dont certains datent de 700 avant JC environ, et des objets d’Hatra, une ville prospère de commerce dans le desert qui existait au sud de Mossoul du temps de l’Empire romain. On peut estimer que ce qui a été détruit représentait 15 pour cent de toutes les œuvres d’art d’Hatra restant dans le monde aujourd’hui. Ce sont principalement ces objets que nous voulons reconstruire en 3D à partir de photographies des œuvres.

Pensez-vous qu’il existe suffisamment de photos des œuvres ayant été détruites pour les reconstituer en 3D ?  

Oui. Mais c’est un grand challenge; d’autant plus que le musée a été fermé depuis 2003, à cause de la guerre d’Irak. Mais nous sommes convaincus que de nombreuses personnes ont pris des photographies du musée depuis sa réouverture mais également avant 2003. Le problème principal est de mobiliser tous ces photographes afin de collecter toutes ces images, nécessaires à cette reconstruction numérique.

Nous pouvons également rechercher ces photos sur les archives de Flickr et Picasa, et toute autre plateforme photographiques.

C’est un projet de crowd-sourcing qui va s’appuyer uniquement sur les professionnels et experts (archéologues ou historiens) ou également sur le grand public ? 

Non tous les photographes mêmes amateurs sont mobilisés.

Nous sommes également à la recherche de bénévoles pour aider à restituer le Musée de Mossoul. Ils pourront nous aider à trouver des photos, à traiter les données, à contribuer au site Web et plus généralement, à aider dans l’organisation pour identifier les objets du musée.

Si vous souhaitez nous aider, vous pouvez visiter le site Web du projet de Mossoul, vous pouvez proposer vos compétences ou envoyer vos images. Et n’hésitez pas à faire passer le message dans votre réseau et autour de vous !

@projectmosul

Interview réalisée par mail le 30/03/2015

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