Au sein de la ville de Béziers, les arènes romaines constituent le seul monument romain dont il reste des vestiges visibles et accessibles par le public. Néanmoins, elles restent largement ignorées. À partir du 17 septembre 2016, l’application « À la redécouverte des arènes romaines de Béziers » permettra aux visiteurs de les explorer en réalité augmentée.

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Construites à la fin du Ier siècle après J.-C., les arènes romaines de Béziers couvraient une superficie totale de 7 500 m² et pouvaient contenir presque 14 000 spectateurs. Situées dans le quartier Saint-Jacques, elles sont néanmoins délaissées par le public car les vestiges en sont incompréhensibles en l’état, malgré la réhabilitation du quartier.

Le site, dont il ne reste qu’un morceau éventré de l’ambulacre, l’amorce de quelques gradins et l’empreinte architecturale du bâtiment dans le quartier, est en effet difficile à appréhender par des moyens classiques et les touristes et les Biterrois ont tendance à l’ignorer. Partant de ce constat, une association a souhaité le mettre en valeur au sein du circuit touristique et culturel de la ville.

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L’enjeu du projet est de proposer au public une découverte et une compréhension de ce patrimoine historique et architectural antique par le biais d’un documentaire interactif en réalité augmentée. Cet outil permettra aux visiteurs de comprendre le site, son histoire et son évolution, d’une part en tant que bâtiment, et d’autre part dans l’histoire urbaine de la ville (réutilisation du site, démantèlement du bâtiment au Moyen Âge, etc).

À l’occasion des Journées européennes du Patrimoine, l’association « Les Amis du Bréviaire d’Amour », dont l’objet est la valorisation du patrimoine biterrois, proposera un projet interactif autour de ces arènes afin de les dévoiler virtuellement à travers une application sur tablette.

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La technologie de la réalité augmentée permet de superposer une image historique en 2D ou 3D à un point de vue actuel, offrant simultanément deux visions du lieu : celle d’hier et celle d’aujourd’hui. Cela permet de redonner de l’attractivité aux monuments partiellement détruits et d’éveiller la conscience du visiteur, tout en apportant un supplément d’informations sur le site. 

Couplé à un parcours scénarisé d’environ 45 minutes, cet outil permettra de comprendre le site, son histoire et son évolution. Un système sonore et visuel avertira l’utilisateur de la présence d’informations et il pourra alors cliquer pour accéder au contenu.

La scénarisation sera également importante : l’utilisateur participera à ce qu’il découvrira et la scénarisation permettra de séparer le savoir concret et existant de l’hypothèse liée à un patrimoine.

Le parcours démarre à l’Office du Tourisme, où seront retirées les tablettes. Après une introduction sur l’ancien forum romain, le GPS guidera le visiteur jusqu’à la Place Saint Cyr où les arènes apparaîtront reconstituées en images de synthèse.

Viendra ensuite la découverte de l’édifice en réalité augmentée, d’abord depuis le promontoire de la rue des anciennes arènes (point de vue du spectateur), puis depuis le centre des arènes, dans l’actuel jardin public (point de vue des gladiateurs). Les visiteurs retrouveront ainsi l’aspect des arènes telles qu’elles étaient il y a 2 000 ans.

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Ce projet est porté par « Les Amis du Bréviaire d’Amour ». Créée en 2010, cette association cherche à « promouvoir et faire connaître le Bréviaire d’Amour de Matfre Ermengaud par tous les moyens, ainsi que toute œuvre culturelle, patrimoniale ou personnalité pouvant contribuer au rayonnement intellectuel, patrimonial, culturel ou artistique du Biterrois ».

Les premières réalisations de l’association ont porté sur la mise en valeur du manuscrit enluminé de la fin du XIIIème siècle qu’est le Bréviaire d’Amour (avec des expositions, des conférences, la mise en place d’une borne interactive). Elle porte maintenant ce projet de médiation multimédia sur les arènes, projet qui a obtenu l’attribution d’une subvention européenne (fonds FEDER).

Le projet a été réalisé en partenariat avec deux entreprises locales : Assoria et Passé Simple.

Une innovation technologique

L’application est basée sur le développement d’une réalité augmentée ne s’appuyant pas sur des marqueurs, mais utilisant plutôt tous les canaux disponibles (GPS, boussole, accéléromètre, gyroscope, analyse d’image et reconnaissance de formes) pour placer des objets virtuels dans l’image filmée par la tablette.

Généralement, ce type d’application emploie soit des marqueurs, soit une localisation GPS associée au gyroscope, soit le gyroscope et le traitement d’image pour « reconnaître » un bâtiment ou une sculpture, mais cette nouvelle application associe toutes ces technologies ensemble à de la reconnaissance de forme.

Le CLIC France a posé 7 questions à Peggy Albert, Secrétaire de l’association « Les Amis du Bréviaire d’Amour »

. Pour quelles raisons avez-vous favorisé l’emploi du numérique dans cette démarche de valorisation du Patrimoine ? Aviez-vous déjà déployé un outil numérique (site internet, etc) ?

L’association a déjà réalisé une borne interactive qui permet de feuilleter un exemplaire numérisé du Bréviaire d’Amour, manuscrit enluminé du XIIIème siècle rédigé par un troubadour biterrois, Matfre Ermengaud.

L’emploi du numérique pour le projet sur les arènes s’est imposé car il ne reste presque plus de vestiges visibles du monument romain et que la reconstitution par le biais de la réalité augmentée s’est présentée comme la meilleure façon de retrouver le monument et de le faire revivre.

L’autre attrait du numérique était l’interactivité qu’il propose autour de ces reconstitutions (possibilité de cliquer pour avoir une info, etc).

. Comment avez-vous choisi vos partenaires ? Comment s’est déroulée la collaboration entre l’association « Les Amis du Bréviaire d’Amour » et les entreprises Assoria et Passé Simple ?

La rencontre des partenaires a été rendue possible par un salon organisé par la Région Languedoc-Roussillon (en 2014) autour des coproductions institutions culturelles / jeunes entreprises innovantes et locales. Chacun a travaillé sur sa partie (logiciel, graphisme, scénario) et nous nous sommes rencontrés de nombreuses fois pour mettre nos travaux en commun et résoudre les problèmes rencontrés.

. Quel a été le budget du projet ? Quels en ont été les financeurs ?

Le budget est d’un peu plus de 200 000 €. Nous avons obtenu une subvention européenne de 120 000 €. L’entreprise qui s’occupe de la partie logicielle a apporté un auto-financement du projet à hauteur de 80 000 € (une part d’autofinancement était demandée dans les conditions d’attribution de la subvention).

L’association doit quant à elle trouver 25 000 € pour boucler le budget (elle est reconnue d’intérêt général et donc les dons qui lui sont faits sont déductibles des impôts).

. La location de la tablette sera-t-elle gratuite ? Est-il possible de télécharger l’application sur son propre terminal ? Si c’est le cas, est-ce gratuit ou payant ?

La location de la tablette sera payante (entre 5 et 8 €). Mais l’interface a été conçue de sorte qu’une tablette puisse servir à une famille (pas besoin d’en louer une par personne). On ne peut pas encore télécharger sur son propre terminal car l’application est très lourde et tous les appareils n’ont pas le même niveau de performance.

Nous allons cependant travailler (après le lancement) à une version 2, qui tirera les enseignements de la version 1… et sera téléchargeable à terme.

. En quelles langues l’application est-elle disponible ?

Pour l’instant en Français, mais très prochainement en Anglais. Nous attendons d’avoir fait le test auprès du grand public pour voir si les textes sont totalement corrects avant d’envisager une traduction.

. Quel avenir envisagez-vous pour votre application ?

D’abord, une amélioration de cette version. Nous avons dû revoir la qualité du graphisme à la baisse pour des raisons de poids de l’application. J’aimerais y rajouter des quizz et des animations pour les enfants, et un combat de gladiateurs est aussi prévu.

Ensuite, nous aimerions étendre les reconstitutions en réalité augmentée à d’autre monuments disparus ou abîmés de la ville (le théâtre antique, par exemple, qui a été redécouvert lors de fouilles il y a deux ans).

. Y a-t-il d’autres éléments que vous souhaiteriez ajouter ?

Nous avons fait une déclinaison pour les scolaires, en nous associant cette fois à une autre association d’arts du cirque. L’idée est de faire, sur une douzaine de séances (en temps d’activités périscolaires), une présentation des amphithéâtres romains du point de vue historique, architectural et de leur utilisation, puis de faire découvrir les arènes romaines de Béziers aux enfants, en les accompagnant sur le site et avec l’application. Il n’est pour nous pas question que la médiation numérique remplace la médiation humaine, elle vient en complément.

Puis mes collègues circassiens, qui sont avant tout éducateurs sportifs, initieront les enfants aux « jeux du cirque » (du cirque romain, évidemment) dans le but de monter un spectacle de gladiateurs dans l’amphithéâtre de Béziers (apprendre à bouger son corps, monter un spectacle, répartir les rôles, etc). Un travail en transversalité qui implique tout le monde pour une appropriation des savoirs et du patrimoine.

Propos recueillis par mail le 15/09/2016

Photos : Les Amis du Bréviaire d’Amour

Date de première publication : 16/09/2016

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