Le Musée de la Grande Guerre du pays de Meaux est le plus grand musée français consacré à la Première Guerre mondiale

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A l’origine du musée, il y a un homme, Jean-Pierre Verney, historien passionné, qui a rassemblé pendant près de 50 ans objets et documents pour raconter l’histoire de la Première Guerre mondiale. En 2005, le Pays de Meaux achète cette collection exceptionnelle de plus de 50 000 pièces et décide de bâtir un musée pour valoriser son histoire ! Aujourd’hui, ce sont 65 000 objets et documents qui constituent la collection ! Le musée de la Grande Guerre rassemble une collection riche et diversifiée qui lui permet d’aborder le conflit aussi bien sur le plan technique et militaire que du point de vue humain et sociétal. Découvrez des uniformes complets représentant la plupart des pays belligérants, des pièces d’armement et d’artillerie, du gros matériel, des objets de la vie quotidienne sur le front ou à l’arrière ainsi qu’un fonds documentaires et d’arts graphiques d’une grande richesse.

Vidéo teaser du Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux:

Dans une interview spéciale au CLIC France, Aurélie Perreten, nouvelle directrice du musée, explique la part majeure de l’accessibilité pour tous et du numérique dans la stratégie globale du Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux.

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. Vous venez d’être nommée directrice du MGG. Quels sont vos objectifs majeurs et vos principales priorités d’action pour le musée ?

La feuille de route donnée par Jean-François Copé, Président de la Communauté d’Agglomération du Pays de Meaux, à l’origine de la création du musée, s’inscrit dans un objectif continu et clair :  poursuivre le développement du musée. Le musée de la Grande Guerre est encore un jeune musée que l’on doit continuer à faire connaître, à faire découvrir. L’une des missions principales du musée est de montrer comment le premier conflit mondial a transformé nos sociétés  et comment il façonne encore le monde d’aujourd’hui. Le second enjeu majeur est donc bien entendu de préparer la fin du centenaire de la Première Guerre mondiale tout en anticipant « l’après Centenaire » puisque l’histoire ne s’arrête pas là…

. Michel Rouger, le précédent directeur, avait placé le MGG à la portée du plus grand nombre (édition de jeux de société, ateliers pour enfants, création d’une page Facebook de Léon, poilu virtuel, visites guidées en langue des signes), comptez-vous conserver cette ligne directrice ?

Bien sûr, je me place totalement dans la ligne tracée par Michel Rouger qui avait placé l’accessibilité au plus grand nombre, au cœur du projet du musée. C’est inscrit dans l’ADN du musée et je souhaite poursuive en ce sens. C’est l’une des clés de réussite pour l’avenir du musée de la Grande Guerre, et pour les musées en général selon moi : poursuivre tous les efforts possibles permettant au plus grand nombre d’oser franchir les portes du musée. Il existe plusieurs moyens d’y parvenir.

L’une des premières actions en ce sens a été la mise en place de la gratuité le premier dimanche du mois depuis le début de l’année. Ce dispositif rencontre un franc succès, tant du point de vue de la fréquentation que du public atteint puisqu’il s’agit, pour la majorité, de primo-visiteurs. Une nouvelle campagne de communication est également déployée en 2017. Elle est destinée aux familles et a pour objectif de montrer que le musée de la Grande Guerre est un lieu de découverte qui n’est pas réservé uniquement aux adultes. Bien au contraire, dès le départ c’est un lieu pensé aussi pour les plus jeunes grâce à une scénographie immersive et de nombreux dispositifs (multimédias, manipulations…) qui sont autant d’occasion d’échanger et d’apprendre sur le monde d’hier et d’aujourd’hui.

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© Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux

. Quel a été le bilan 2016 du MGG ? 

Depuis son ouverture en 2011, ce sont plus de 550 000 visiteurs qui ont franchi les portes du musée !

Malgré un contexte global de baisse de la fréquentation des musées et sites touristiques notamment en Seine-et-Marne, le musée de la Grande Guerre a réussi le pari de voir sa fréquentation 2016 plus élevée que celle de 2015 : 89 000 visiteurs en 2016 contre 86 000 en 2015, soit une augmentation de 3,5%.

Fréquentation globale 2016 :

. 52% de public individuel
. 40% de visiteurs scolaires
. 8% de groupes

 Provenance des visiteurs 2016 :

. 30% de visiteurs de Seine-et-Marne
. 25% de visiteurs franciliens (hors 77)
. 5% de visiteurs internationaux
. 40% de visiteurs de province

. Quel est le budget annuel du musée ? Comment est-il financé ?

Le budget annuel du musée (hors masse salariale) est d’environ 800 000 €. Il est financé par la Communauté d’Agglomération du Pays de Meaux. La part des ressources propres du musée (billetterie, boutique, mécénat, location d’espaces) représente environ 40% du budget global du musée.

. Les partenariats avec d’autres musées d’histoire ont une place importante dans le développement du MGG, comptez-vous élargir ces partenariats avec d’autres types d’institutions ? Si oui sous quelles formes ? exemples ?

De manière générale et depuis son ouverture, le musée est non seulement ouvert mais très pro-actif sur le développement de tout type de partenariat, avec les musées d’histoire bien sûr mais pas uniquement. Les partenariats scientifiques, essentiels à la vie du musée, permettent la circulation des œuvres et la valorisation de la collection du musée au-delà de ses murs et à l’inverse, nous permettent de faire découvrir aux visiteurs des œuvres et objets venus d’autres musées, pas uniquement d’histoire, en France et à l’étranger. Les partenariats culturels, plus largement, occupent une place centrale dans l’activité du musée. La plupart ont un objectif commun, celui évoqué plus haut : l’ouverture du musée au plus grand nombre et faire du musée un lieu de culture au sens large.

On peut évoquer par exemple, le partenariat fidèle avec le centre pénitencier de Chauconin-Neufmontiers, la résidence musicale de l’Ensemble Calliopée, les actions régulières avec les services jeunesse et action sociale de la Ville de Meaux, le week-end dédié à l’histoire vivante en partenariat avec des associations de reconstitueurs venus de la France entière et toujours plus nombreuses, mais aussi les projets d’innovation que nous poursuivons avec nos mécènes.

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© Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux

. Comptez-vous développer de nouvelles stratégies numériques innovantes en termes de communication, de médiation, d’exposition ? Si oui, lesquelles ?

Tout comme l’accessibilité au plus grand nombre, l’innovation fait à mon sens partie intégrante de l’ADN du musée. J’en veux pour preuve, dès la conception du musée, la place essentielle du multimédia dans la muséographie, la scénographie et la médiation du musée.

Ensuite, ce sont notamment deux projets phares, que vous connaissez bien au CLIC France, qui ont permis au musée d’inscrire durablement l’innovation au cœur de son projet de développement. Je pense ici à la campagne Facebook « Léon 1914 » réalisée grâce au mécénat de DDB et à la création des visites guidées à distance grâce au mécénat d’Orange. Depuis, le musée continue d’être le terrain d’expérimentation pour de nouvelles pratiques innovantes ; c’est le cas en ce moment avec des tests de visites avec des robots.

Nous sommes aussi très ouverts à l’intégration de nouveaux outils numériques, type réalité virtuelle, 3D, vidéo à 360°, hologrammes, etc. Mais toutes ces innovations ne sont finalement retenues, développées et présentées au public, que si elles apportent du sens, une expérience supplémentaire ou complémentaire à l’existant.

. Avez-vous des projets spécifiques pour les réseaux sociaux ? un autre Léon ?

Il sera impossible de créer un autre Léon. Léon est mort. Au-delà de cette « réalité fictive », cette expérience était innovante de par son idée même et aussi parce que c’était la première fois qu’un musée d’histoire osait prendre la parole de cette manière en France. Alors, oui bien sûr, nous réfléchissons, guettons bien sûr toujours la prochaine idée qui saura tout à la fois, comme l’a permis Léon, apporter un nouveau regard, une surprise et donc de l’adhésion tout en permettant de rester dans la mission du musée : comprendre  l’impact qu’a eu et qu’a encore la Première Guerre mondiale dans le monde d’aujourd’hui mais aussi, dans la plupart des familles. (Lire l’article du CLIC France: Un Poilu partage sur facebook ses souvenirs de la première guerre mondiale)

Les réseaux sociaux restent incontournables et nous poursuivons le développement de ces derniers avec pour objectif de tisser du lien avec nos abonnés, une certaine proximité.

. Le musée avait par exemple, proposé des expositions interactives, avec des tablettes et autres écrans, souhaitez-vous développer l’usage des outils numériques in-situ ?

Les outils numériques in-situ sont déjà très présents et pour la plupart encore très performants et continuent de remplir leurs objectifs initiaux. Toutefois, le numérique évoluant très rapidement, nous sommes très ouverts à tout outil numérique qui permettra de continuer d’améliorer l’expérience de visite, de donner plus de contenu aux visiteurs, d’enrichir ses connaissances ou de favoriser son immersion.

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© Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux

. L’expérimentation d’un robot pour visiter le MGG sans se déplacer a été expérimenté pour favoriser l’ouverture du musée à un public qui ne peut se déplacer. Allez-vous poursuivre l’utilisation de ce robot ? si oui dans quelle optique ? pour quel public ? avec quel partenaire ? avec quel modèle économique ?

 Les expérimentations en cours au musée avec les robots doivent justement nous permettre de répondre à ces différentes questions. La toute première d’entre elles étant de valider l’intérêt supplémentaire d’un robot pour les usagers : qu’est-ce qu’il apporte de plus à la visite ? Pour le médiateur également : comment le robot peut s’intégrer à la palette d’outils dont il dispose ? Nous devons d’abord répondre à ces questions essentielles avant d’envisager dans un second temps la possibilité de généraliser cette offre au public, le coût actuel des robots n’étant pas le moindre des obstacles pour pouvoir en effet, trouver un modèle économique acceptable.

(Lire l’article du CLIC France: Le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux et Orange proposent un dispositif de visite à distance pour les groupes scolaires)

. Comptez-vous développer d’autres innovations pour toucher un public plus large et sortir le musée de ses murs ?

Si vous ne pouvez venir au musée, le musée viendra à vous ! tel est notre mantra depuis l’ouverture du musée.

Encore une fois, tout ce qui permettra au musée d’atteindre cet objectif sera envisagé et testé. Il est certain que l’émotion était grande la première fois où nous avons pu faire découvrir le musée en direct à une classe de San Francisco. Toutes les innovations qui permettront au musée d’aller au-delà de ses murs seront envisagées. Nous venons également de recruter un community manager avec qui nous allons renforcer notre stratégie sur les réseaux sociaux et sur le web en général pour communiquer au mieux, en utilisant les ressorts des réseaux sociaux, leurs spécificités, leurs langages, pour continuer de faire découvrir au plus grand nombre la collection exceptionnelle du musée et, toujours, le message qu’elle raconte sur notre histoire à tous.

. Avez-vous d’autres projets en matière d’éducation et d’accessibilité ?

Au-delà du numérique, l’une de mes priorités (dans lequel j’intègre les outils numériques) est de retravailler tous les outils d’aide à la visite pour améliorer encore l’accompagnement de nos visiteurs dans leur expérience de visite (guides de visite, audioguides, site internet du musée permettant de préparer sa visite, découverte des champs de bataille de la première bataille de la Marne se situant à proximité du musée). En matière d’éducation, le public scolaire représente 40% de la fréquentation du musée. Nous avons tissé des liens très forts avec l’éducation nationale et poursuivons ce dialogue afin que la découverte du musée s’articule au mieux avec les attentes des enseignants, nous souhaitons également poursuivre le développement des actions de formation et de partages d’expérience en direction des enseignants qui réalisent chaque année des projets pédagogiques formidables et très créatifs.

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© Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux

. Grâce au mécénat participatif, le musée a  pu accueillir la toile originale de Bloch, « Marne 1914 ». Quel bilan avez-vous tiré de cette première expérience de crowdfunding ? Est-ce une pratique que vous comptez renouveler ?

Ce fut une première expérience marquante et très satisfaisante pour le musée. Grâce à l’implication très active et au soutien sans faille de la Société des Amis du musée de la Grande Guerre et aux centaines de donateurs, ce fut une expérience réussie qui a d’ailleurs, comme beaucoup d’autres expériences de mécénat participatif, montré l’intérêt des citoyens pour leur patrimoine, pour cette page de l’Histoire qui est aussi la leur.  Il n’y a donc aucun doute pour que nous réitérions cette expérience. Reste à trouver le bon projet et le bon moment !

. Plus largement, quelle est votre vision de l’innovation au MGG et dans les musées en général ?

Il me semble vraiment important de considérer l’innovation comme une opportunité unique de poursuivre notre mission de transmission et d’ouverture au plus grand nombre, et ce à une échelle jusqu’alors quasiment jamais explorée. Mais c’est aussi la mission du musée qui doit être notre boussole pour que l’utilisation du numérique ne devienne jamais gadget ou accessoire. Si c’est le cas il me semble que l’innovation au sein du musée, y perdrait son sens.

Le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux en quelques chiffres

Date de création : 2011

Nombre d’œuvres dans la collection : 71 832

Nombre de visiteurs en 2016 : payants / gratuits 73 877/ 14 456

Nombre de visiteurs scolaires : 33 598 en 2016

Equipe : 30 personnes

Budget 2017 : 800 000 € (fonctionnement + investissement / hors frais de personnel)

Date de mise en ligne de la dernière version du site web : février 2017

Nombre de visites uniques / pages vues en 2016 : 117 600 visiteurs uniques

Nombre d’abonnés aux réseaux sociaux au 1er mai 2017 : twitter = 1  745 abonnés / facebook = 9 000 abonnés

Ecosystème numérique du musée: site web, facebook, twitter et Youtube

Sources : Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux  

Interview par mail le 21/06/17

Mise en ligne le 28/06/2017

Le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux est membre du CLIC France. Orange est membre associé du CLIC France.

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