Créatrice des promenades sonores pendant l’année Marseille Provence 2013, Julie de Muer a produit un parcours web géolocalisé et immersif sur les nuits de Marseille et est devenue la star publicitaire de Google pour une publicité. Un rapprochement étonnant qui fait découvrir Marseille au monde entier, de manière très décalée.

Google promenade nocturne marseille julie micro

DR Google

Depuis le 3 avril 2014, les petits écrans français sont innondés de spots « googlestories » du géant du web racontant l’histoire de l’ex-directrice de Radio Grenouille devenue chasseuse de sons à Marseille et qui vient de produire avec et pour Google une promenade nocturne, sonore, interactive et immersive.

Des promenades sonores …

En 2009, Julie de Muer décide de partir «à la rencontre physique des Marseillais» en enregistrant les sons et les conversations. «Pas des endroits touristiques, mais des lieux méconnus qui font la complexité et la beauté de la ville», explique l’exploratrice urbaine.

Dans le cadre de Marseille 2013, le projet est étendu. Près de 40 promenades sonores sont créées par des auteurs et artistes dans des sites aussi insolites que créatif à Marseille et en périphérie (Aix-en-Provence et Aubagne notamment). Cette expérience inédite proposait de (re)découvrir la cité phocéenne et les villages alentour à travers des entretiens avec leurs habitants.

Les 40 reportages sonores, balisées grâce à Google Maps, pouvaient être téléchargés par les promeneurs équipés de leur « boussole » Google Maps.

Réalisées avec un collectif d’artistes et d’habitants, ces promenades sonores produites par la radio associative Radio Grenouille et Euphonia, sont sorties en mars 2013 à l’occasion de l’année capitale européenne de la culture, Marseille Provence 2013.

L’une de ces ballades invitait à « partir à la découverte des pochoirs du quartier de la Plaine », explique Julie de Muer. En 1 heure, «comme dans un safari», l’auditeur muni de son casque pouvait écouter les différents graffeurs raconter leurs tags dans une composition musicale. «Il y avait un côté cinématographique dans ces ballades où l’on devient acteur de la visite», précise-t-elle.

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… au « safari » nocturne.

Comme le résume avec humour et réalisme la chasseuse de sons urbains, ce nouveau projet est né de la rencontre entre «David et Goliath». Séduit par le projet des « promenades », Google a décidé d’accompagner Julie dans une nouvelle aventure. Les promenades sonores choisissent le théâtre de la nuit et deviennent « promenades nocturnes »  en français et « nightwalk » en anglais. Le parcours mis en ligne en partenariat avec Google se déroule au cœur du Cours Julien. L’idée de ce nouveau « safari urbain » est de déambuler la nuit dans des rues de Marseille et de se laisser guider, au gré du street art omniprésent et des rencontres inattendues.

Elle explique dans Metronews: « La relation a été très franche dès le début. Je profite de leur force de frappe et eux mettent en avant leurs outils ». « Les balades nocturnes » conservent le même principe que les promenades sonores sauf que « l’internaute n’a pas besoin de se déplacer physiquement pour découvrir Marseille. Grâce à Streetview, la découverte d’une rue se fait sur l’écran de l’ordinateur avec du contenu enrichi ».

Outre les outils, les balades nocturnes profitent également de la publicité sur les médias français (TV et web). Résultat: une explosion de la fréquentation du site des promenades. « On a eu plus de visites en 24 heures ce week-end qu’en plusieurs mois », souligne Julie.

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Plusieurs différences majeures entre les deux promenades:

. le «safari urbain à travers les ruelles du cours Julien», se fait en compagnie de deux guides: Julie et son ami musicien Christophe Perruchi. Quand la nuit est tombée sur la cité phocéenne, la voix de Christophe propose au visiteur de poursuivre sa route à la recherche «d’art éphémère, de rencontres inattendues et d’histoires invraisemblables».

. la promenade se fait de nuit. Ce qui est logique puisque cette seconde balade s’inspire largement de la promenade sonore initiale de Christophe Perruchi, elle-même nocturne, centrée sur les pochoirs urbains. « On avait envie de prendre le contre-pied de tous ces fantasmes de ville dangereuse la nuit, véhiculés par les grands médias« .

. à la différence des Promenades sonores qui se vivaient physiquement à travers la ville, la promenade nocturne est une balade virtuelle, « il y a toujours un rapport avec la marche, avec le corps. Je défends l’idée que l’on intègre pas les connaissances de la même manière lorsqu’on est en marche. Ici, pour la promenade nocturne, il y a un côté chasse au trésor, safari urbain » a expliqué Julie de Muer.

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. Autre format également, la ballade nocturne mixe contenus sonore et Google Maps afin de nous faire découvrir un quartier de Marseille, le Cours Julien et ses multiples facettes nocturnes. Au gré de la promenade, l’internaute peut ainsi rencontrer un restaurateur qui livre un secret de cuisine, croiser un taggeur en train de réaliser son oeuvre sur le rideau métallique d’une boutique, écouter du jazz ou encore découvrir une entrée de garage insolite ou un portrait très décalé du général de Gaulle. Une  »Promenade nocturne » en 35 découvertes. Le quartier de la cité phocéenne peut ainsi se parcourir à la manière de Street View et chaque étape a fait l’objet de photos panoramiques, comme pour le service de Maps. Au fur et à mesure que l’internaute progresse, une mini-carte lui indique où il se trouve tandis que des points avec des notes, des vidéos, des indications issues de Google ou des photos sont mis en évidence sur cette carte. L’expérience propose ainsi une ballade à 360° dans les rues marseillaises, enrichie d’une bande son particulièrement travaillée, associant une musique adaptée et les sons des rues et de leurs habitants.

La conteuse urbaine résume ce projet sur le site marsactu: « On retrouve toujours ce mélange où on apprend des choses sur la ville avec une dimension poétique en même temps, qui fait appel à l’imaginaire. On découvre ce quartier mais on le « fictionne » aussi. Ce mélange de rêve et réalité colle bien avec la pratique du pochoir, cet espèce de surajout assez ténu sur la réalité qui nous entoure ».

Publicité de Google:

Egérie ou « tête de gondole »  de Google ?

Pour autant, il ne s’agit pas non plus de se contenter d’enfoncer les clichés et de redorer l’image écornée de Marseille. La balade se veut également critique. Ainsi, dans la promenade nocturne, le problème de l’effacement des murs est abordé, comme la question de l’exploitation commerciale des graphiques urbains, « même si le côté critique est plus important dans les Promenades sonores d’origine », semble légèrement regretter Julie de Muer.

Un peu dépassée par cette soudaine médiatisation, la jeune femme ne se considère nullement comme une « tête de gondole » de Google. Mais elle exprime un souhait. « Que l’histoire de Julie dans la pub Google permette de prendre le temps d’écouter la vie des gens rencontrés à Marseille« .

Et la nouvelle égérie de Google a également des projets ou des rêves. On espère par exemple que Julie et Christophe poseront leur micro dans d’autres villes pour nous les faire découvrir.

On ne peut également s’empêcher d’imaginer une telle initiative avec des outils immersifs et de réalité virtuelle ou augmentée, comme le casque Oculus Rift, récemment racheté par Facebook.

Pour cette ballade nocturne, plus besoin donc d’être à Marseille pour en découvrir les secrets d’un quartier emblématique .. à moins que cela soit le teasing le plus efficace pour inciter le public à s’y rendre pour de vrai. Une sorte d’invitation au voyage !

Le projet mis en ligne jeudi 3 avril 2014 est accessible aussi bien en français qu’en anglais.

Suivons l’invitation lancée par Google sur sa publicité : «Ecoutez, les ruelles vont vous parler» sur g.co/promenadenocturne.

Pour accéder à la ballade en français nightwalk.withgoogle.com/fr et en anglais nightwalk.withgoogle.com/en.

Interview de Julie le Muer sur le site Marsactu (11 minutes)

CINQ QUESTIONS A JULIE LE MUER

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DR Google

Cofondatrice du Batofar à Paris et directrice de Radio Grenouille pendant 7 ans, Julie de Muer vit et travaille à Marseille depuis 2001. Avec Radio Grenouille et dans le contexte de MP13, elle a développé le projet Promenades sonores, 40 audiobalades à écouter dans l’espace public, puis avec Google une première Promenade nocturne.

. Avez-vous quelques chiffres d’usages/de téléchargement des promenades sonores réalisées dans le cadre de MP13 ?

Ces promenades ont généré environ 15 000 téléchargements et 30 000 streamings

. Qui a eu l’idée de faire les promenades nocturnes ?

Google a repéré Les Promenades sonores via son agence 72 sunny d’amsterdam et a décidé d’en faire l’objet de la Google Stories (publicité)

La promenade nocturne est un prolongement des promenades sonores imaginé avec Google. Ce nouveau projet enrichit le projet initiant en utilisant les technologies google et permet de faire vivre l’expérience du projet initial aux nombreux internautes qui ne pourront pas venir à Marseille. Les promenades sonores ont été conçues pour être vécues dans un immersif du territoire physique tandis que la promenade nocturne est conçue pour être vécue en immersif web.

. Qui a financé le projet de ballade nocturne ?

La promenade nocturne est financée par Google. Les promenades sonores ont été financées par le Ministère de la culture, la SACD et MP2013.

. Avez-vous -seul ou avec Google- des projets de décliner ce concept ? 

Nous souhaitons poursuivre le développement sur Marseille des promenades sonores et ballades nocturnes. Nous avons commencé une déclinaison des balades sonores immersives en Seine St Denis.

. Vous sentez-vous tête de gondole ou égérie de Google ? 

La figure de la tête de gondole est finalement intéressante car contre nature, dans la mesure où la démarche que nous défendons est habituellement hors des circuits de la grande distribution, donc hors rayons… La rencontre avec Google s’apparente à tester le rapprochement entre un projet de niche et une tuyauterie mondiale !

Quant à la personnification, c’est est un jeu qui me pose question mais qui semble incontournable. Je l’accepte en tentant autant que possible d’interpeller sur la dynamique collective qui a lieu à Marseille autour de l’identité de la ville, la réappropriation de sa valeur et de sa mise en récit par les habitants, la marche comme outil de rencontres et de « Faire Histoire(s) » collectivement.

Google et moi tentons de nous « instrumentaliser » mutuellement et intelligemment.

Interview par mail le 28/04/2014

SOURCES: Radio Grenouille, Google,  metronews.fr, konbini.com, journaldugeek.com, marsactu.fr

Date de première publication: 29/04/2014