Guirec Tiberghien (BlueApps) : « Notre ambition, réduire la fracture numérique des musées »

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Guirec Tiberghien, l’un des trois fondateur de BlueApps, répond à nos questions sur l’équipement des institutions culturelles en dispositifs numériques. Quel concept propose-t-il ? Quelles solutions adaptées sont développées ? Comment s’implante une start-up dans le marché des applications mobiles ? Réponses.

Depuis quand la société BlueApps existe t-elle et comment est-elle née ?

BlueApps a été incubé en 2010 pour un démarrage opérationnel début 2011. A ce jour, nous avons publié une vingtaine d’applications  sur iOS & Android.

Nous sommes partis d’un constat simple. D’une part, le nombre de mobinautes ne cesse d’augmenter chaque année de manière exponentielle. D’autre part, il existe beaucoup de contenu pertinent à porter sur mobile pour répondre aux nouvelles habitudes de consommation de l’information en situation de mobilité. Malgré cela, la conception d’application mobile reste complexe, longue & onéreuse.
Fort de notre précédente expérience dans le domaine du Web nous avons conçu une solution simple pour démocratiser l’accès aux solutions mobiles.

Pensez-vous qu’il est important pour une entreprise qui réalise des applications mobiles d’intervenir aujourd’hui auprès des institutions culturelles ? Que proposez vous comme différents outils pour accompagner au mieux ces institutions vers leur évolution numérique ?

Toutes nos applications sont centrées utilisateur. Notre raison d’être est de voir l’application utilisée par les publics en situation de mobilité. Or, les institutions culturelles ont un contenu d’une richesse incroyable, mais pas les outils adéquats pour le porter sur mobile.  Nous sommes très complémentaires, l’institution culturelle est en charge du contenu, BlueApps se charge du contenant. Notre mission est de dire au conservateur : «  concentrez-vous sur le fond, BlueApps se charge de le diffuser sur tout type de mobile »
L’application révolutionne les solutions de médiation culturelle. Nous avons sondé des jeunes utilisateurs, qui nous disent « jamais je n’aurai loué les audioguides traditionnels ». Grâce aux statistiques, nous avons pu mettre en évidence et mesurer différents usages : des personnes téléchargeant l’application avant  la visite,  ré-écoutant la visite chez eux, … L’application mobile s’impose comme une véritable alternative à l’audioguide classique, comme une réelle innovation dans la manière de penser le partage des contenus. Pour preuve, l’application « Degas, Sculpteur à la piscine » a été plus utilisée que l’audioguide traditionnel sur une même période. Bien que l’exposition soit terminée depuis plus d’un an, l’application reste aujourd’hui encore très largement utilisée (209 fois ce mois-ci et pendant 9’30 en moyenne).
D’après la commission européenne, 100% des téléphones vendus en 2015 seront des smartphones. C’est une évolution inéluctable.

De nombreuses entreprises développent aujourd’hui des applications pour les musées, quelles sont les valeurs ajoutées des produits réalisés par BlueApps ?

Nous n’avons qu’un objectif : Sim-pli-fier la vie de notre client. Notre client ne doit se préoccuper que de l’esthétisme et du contenu. Travail qu’il peut faire seul ou accompagné par l’un de nos partenaires.
La partie technique est industrialisée. En quinze jours, l’application est rendue disponible sur iPhone, Android et sur tous les autres OS mobiles connectés, et ce sans compromis sur la qualité. Les modules BlueApps sont prédéveloppés et éprouvés. Ils contiennent le meilleur des technologies : textes, audios, vidéos, plans, cartes postales, circuits, agenda, synchronisation BDD, borne wifi indoor, fonctionnement hors connexion (zone blanches – roaming), …
Chaque application est unique, publiée sous le nom du client et dispose d’un graphisme 100 % personnalisé. A noter que toutes les applications sont administrables directement par l’institution, via un extranet (factory.blueapps.fr) ou synchronisées automatiquement, rendant ainsi nos clients autonomes en terme d’administration des contenus.

BlueApps conçoit des applications mobiles pour des clients variés : villes, entreprises, offices de tourisme, musées, théâtres…  Comment adaptez vous vos applications mobiles à chacun de ces différents acteurs ? Que proposez vous par exemple aux institutions culturelles, que vous ne proposeriez pas pour l’application d’une collectivité territoriale ?

Avant tout, les publics et attentes de nos clients ne sont jamais pas les mêmes. En conséquence, la réponse que nous apportons est unique.  Nous ne pensons pas « différence » mais « adaptation ». Comme je l’ai dit,  nous proposons à nos clients le meilleur des technologies et les fonctionnalités les plus à même d’être utiles et utilisables par les publics cibles. Les différentes typologies de clients nous permettent également de capitaliser sur les expériences et d’en faire profiter tout notre réseau. Cela nous apporte une richesse fonctionnelle unique et beaucoup plus accessible.  Quelques exemples :

·    Pour un château avec jardin, nous proposons le module « circuit extérieur »  initialement développé pour les offices de tourisme.
·    Certaines villes nous ont demandé des Smart QR Codes (QR Code avec redirection automatique et détection automatique du type de smartphone) – que nous proposons aujourd’hui aux musées.
·    Nous avons également un module de jeux de piste qui peut être activé pour les circuits thématique, par exemple pour les enfants.
·    Nous avons également intégré la lecture de QR codes directement depuis nos applications.

Pour répondre aux défis de la mobilité, nous faisons de l’innovation une de nos priorités. Ainsi, nous développons actuellement, en collaboration avec des sociétés tierces, deux autres technologies très intéressantes pour les musées. Celles-ci seront proposées début 2012.

Comment s’organise votre collaboration avec les institutions culturelles : vous répondez à des appels d’offre, vous démarchez les institutions… ? Comment travaillez vous de façon concrète avec elles (réalisation d’un cahier des charges etc ?) ?

Les institutions culturelles ont des cycles de décision assez longs. Néanmoins, elles sont toujours très enthousiasmées par les perspectives offertes par le service  Phoneguide©. Elles le sont d’autant plus que nos applications sont accessibles, au regard de ce que peut proposer la concurrence et ne nécessitent pas la mise en place d’un appel d’offre. Développer des applications natives, ergonomiques, multiplateformes, administrables via back-office et au nom du client nécessite un certain nombre de compétences. Ce n’est pas le métier de tout le monde… Nous sommes donc ouverts au développement de partenariats avec toute société complémentaire de notre offre, y compris les sociétés d’audioguidage traditionnelles.

Sur le plan pratique, nous fonctionnons ainsi :
·    Quel est l’objectif du musée ? Pourquoi une application ?
·    Nous proposons la mise en place des modules existants qui peuvent répondre à son besoin.
·    Nous étudions les contenus à disposition pour l’application, et les re-exploitons si possible. Si non, nous en confions la réalisation à des professionnels dont c’est le métier.
·    Nous publions l’application en mode privé pour validation par le client.
·    L’application est disponible pour le public (en mode gratuit ou payant, au choix).
·    Nous analysons les résultats de l’opération (cf étude « comparatif audioguide vs PhoneGuide » – réalisée lors de l’expo degas)

Pouvez-vous par nous présenter votre dernier projet d’application mobile avec la Cité de l’architecture et du Patrimoine ? Comment avez vous choisi les fonctionnalités (agenda, photographie) ?

Typiquement,  la cité de l’architecture avait un contenu de qualité. Nous avons exploité un module géographique existant pour les Offices de tourisme (lequel inclue la carte, la réalité augmentée, la catégorisation des œuvres, …), un module agenda (utilisé par des théâtres, opéras, villes, …) et un module Shoot & Send© pour un envoi de carte postale géolocalisées.

Signe de ce succès, le nombre de téléchargement est toujours en augmentation. Actuellement nous sommes à plusieurs millers de téléchargements, ce qui fait plus de 2500 utilisatations par mois, pour une durée moyenne de 24 minutes. En terme d’utilisation, il y a une vrai différence entre le système Apple et le système android. Ios (Iphone, Ipad & Ipod)  représente plus de 76 % des utilisateurs et la durée d’utilisation sur Apple est 6 fois supérieure à celle des android.
Et surtout le taux de rebond ( c’est à dire les personnes qui ne regardent que la première page) est de 37 % sur Android alors qu’il est d’environ 10 % sur iOS. Notre conclusion est que sur cette exposition, les utilisateurs d’iOS (Apple) sont beaucoup plus engagés que les utilisateurs d’Android.
L’application a également été sélectionnée comme application de la semaine par Madame Figaro pour décembre 2012.

Avez-vous des réalisations en cours avec d’autres institutions culturelles dont vous pourriez nous parler ?

Oui, effectivement, mais sur lesquels nous ne pouvons pas communiquer.

La région Nord pas de Calais est très active sur le plan des nouvelles technologies (notamment avec le pôle numérique Roubaix-Tourcoing). Comment ressentez-vous cela ? bénéficiez-vous d’aides régionales spécifiques pour votre entreprise ?

Nous sommes localisés à la Plaine Images et sommes lauréat Réseau Entreprendre et Lille Métropole initiative. Cependant, nous travaillons surtout au niveau national et ne souhaitons pas être identifiés comme acteur régional.

Vous avez notamment travaillé avec le musée de la Piscine de Roubaix, allez vous poursuivre votre collaboration avec eux pour de prochaines expositions ?

Le test pour l’exposition Degas a été un grand succès – mais il n’y a pas de projet en cours.

BlueApps est partenaire avec quatre autres entreprises (Circuits de France, les Éditions Montparnasse, 36nCo et Bucerep) ; quel est le but de ces collaboration et le rôle de ces différentes entreprises ? Comment apportent-ils des compétences supplémentaires ?

Ces partenariats sont complémentaires de notre offre. Ils apportent à notre start-up l’expertise nécessaire sur certains secteurs d’activité : création de contenu, partenariats commerciaux….  En terme relationnel, il est difficile de rivaliser avec des sociétés implantées sur un secteur depuis de nombreuses années, notamment dans le domaine public !

Pensez-vous que les institutions culturelles ont encore du chemin à faire pour proposer des dispositifs d’aide à la visite numériques et innovants, notamment dans en ce qui concerne la mobilité ?

Oui. Dans le domaine muséal il existe aussi une fracture numérique. On retrouve d’un coté des services très innovants, mais souvent chers et peu diffusés, et de l’autre des sites peu équipés. Notre ambition est de parvenir à réduire cette fracture. Pour exemple, nous équipons en ce moment même un petit musée (20 000 visiteurs par an), et ce n’est qu’un début. Notre mission est d’aider l’ensemble des musées à s’équiper de solutions simples, abordables, efficaces, et qui s’adressent au plus grand nombre. Comme le disent nos amis anglo-saxons : KISS : Keep It Simple !
C’est une opportunité incroyable pour renouveler le mode de visite, les visiteurs, mesurer le trafic, fidéliser (notamment grâce au push « notifications »)

Comment envisagez-vous l’avenir de votre société ? (nouvelles technologies mobiles à développer, nouvelles cibles à conquérir etc. )

Nous souhaitons juste répondre aux attentes des visiteurs. Si nous restons concentrés sur cet objectif, notre société se développera naturellement !

 

Interview réalisée par Clélia Dehon, étudiante en management d’organisation culturelles. (dehonclelia@hotmail.fr) en novembre 2011
Retrouvez le site de BlueApps

 

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