La France et l’Arabie saoudite annoncent une large coopération culturelle, notamment autour du patrimoine

Lors de la visite à Paris du prince héritier d’Arabie saoudite, les deux pays ont annoncé une série de coopération culturelle et notamment le lancement d’un partenariat longue durée sur un projet pharaonique de développement touristique et culturel de la région d’Al-Ula (nord-ouest de l’Arabie) particulièrement riche en vestiges archéologiques et en paysages d’exception. Par ailleurs, la France va aider à la création d’un opéra en Arabie saoudite. Et le pays va participer pour la première fois au festival Cannes.

64 milliards de dollars investis dans la culture d’ici 2020

En février 2018, l’Arabie saoudite avait annoncé son intention d’investir l’équivalent de 64 milliards de dollars dans la culture et le divertissement au cours des dix prochaines années.

Lors d’une présentation officielle à Ryad, le président de l’Autorité générale du divertissement dans le royaume ultraconservateur, Ahmad ben Aqil al-Khatib, a précisé que l’argent viendrait à la fois de l’Etat et du secteur privé. « Nous bâtissons déjà l’infrastructure nécessaire et la construction d’un opéra fait partie de ces projets. Vous verrez un véritable changement d’ici 2020 », a-t-il ajouté.

Ahmad ben Aqil al-Khatib a dit que plus de 5.000 événements culturels étaient prévus cette annéeEn mars 2018, l’Arabie Saoudite a annoncé l’ouverture de son premier cinéma commercial.

L’Arabie saoudite a engagé des réformes depuis la présentation en 2016 par le prince héritier Mohammed ben Salmane, 32 ans, d’un plan appelé « Vision 2030 » pour restructurer l’économie. Les conséquences sont sociales et sociétales avec notamment une participation croissante des femmes à la vie publique et l’ouverture de ce royaume, qui applique une version rigoriste de l’islam, à la culture occidentale.

Dans ce contexte de développement de l’offre culturelle du pays, la visite du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, surnommé « MBS », à Paris a accéléré l’annonce de plusieurs coopérations culturelles entre la France et L’Arabie saoudite.

Développement touristique et culturel d’une région

Paris et Riyad ont signé le mardi 10 avril 2018 un accord pour le développement touristique et culturel de la région d’Al-Ula (nord-ouest de l’Arabie) particulièrement riche en vestiges archéologiques et en paysages d’exception.

Le site archéologique Al-Hijr (Wikimedia Commons)

Cet accord, d’une durée de dix ans, prévoit la création d’une agence dédiée sur le modèle de l’agence France Museum, qui a piloté la mise sur pied du Louvre Abu Dhabi inauguré en novembre 2017, a indiqué à des journalistes Gérard Mestrallet, président du conseil d’administration du groupe énergétique Engie et envoyé spécial du président français Emmanuel Macron pour Al-Ula.

L’agence sera chargée du développement de musées, de la partie archéologique du site, de la formation des professionnels du tourisme et de la mise en place d’infrastructures d’accueil.

« La région concernée par cet accord a une superficie de près de 22.000 km2 », a souligné le directeur général de la Commission royale pour Al-Ula, Amr Al Madani.

Le site archéologique Madain Saleh (Wikimedia Commons)

Située à 400 km de Médine et au carrefour entre la péninsule Arabique, la Syrie, la Jordanie et la Mésopotamie, la région comprend notamment les vestiges de la cité nabatéenne d’Hégra (ou al-Hijr) sur environ 500 hectares (13 km2) de désert. Les Nabatéens y ont construit, entre le Ve siècle avant JC et le IIe de notre ère, plus de cent tombeaux grandioses comme ceux de Petra, en Jordanie.

Baptisé site archéologique de Al-Hijr par l’Unesco, c’est le premier site du pays à être inscrit sur la liste du patrimoine mondial. Les fouilles, menées d’abord par les archéologues saoudiens, n’ont commencé qu’à la fin des années 1980. Un programme de fouilles franco-saoudien, avec des équipes du CNRS, a été mis en place en 2008.

L’accord est « sans précédent », notamment par l’ampleur des domaines qu’il couvre : archéologie, offre culturelle et artistique mais aussi infrastructures, énergie, transports, formation et « tout ce que la France peut offrir en termes de valorisation du patrimoine ». L’agence, dont Gérard Mestrallet est pressenti pour occuper la présidence, sera financée par des capitaux saoudiens, mais aucun chiffre n’a été communiqué.

Un musée et un centre de recherche historique et archéologique seront créés à Al-Ula, située à 1.100 km de la capitale. Cent cinquante étudiants et étudiantes à parité seront formés aux métiers du tourisme et de la culture.

Les premiers touristes pourraient être accueillis dans la région « d’ici à 3 à 5 ans », selon Amr Al Madani. Une fois complètement équipée, la région, qui dispose déjà d’un aéroport, devrait pouvoir recevoir entre 1,5 et 2,5 millions de visiteurs par an en respectant l’environnement et les normes de développement durable, selon le responsable saoudien. Le prince Sultan ben Salmane ben Abdelaziz, en charge du tourisme, avait annoncé en décembre dernier que des visas de tourisme seraient délivrés à partir du premier trimestre 2018.

Vue aérienne de la région d’Al Ula (Wikimedia Commons)

Création d’un opéra à Jeddah

Par ailleurs, la ministre française de la Culture Françoise Nyssen a annoncé le lundi 11 avril 2018 que la France va aider l’Arabie saoudite à se doter d’un orchestre et d’un opéra. L’Opéra de Paris assurera « une mission d’audit des installations musicales en vue d’accompagner les Saoudiens dans la création d’un orchestre national », a-t-elle déclaré, sans préciser la nature de la contribution française. Cet opéra sera construit à Jeddah, grande ville de l’ouest saoudien située en bordure de la mer Rouge.

En plus du patrimoine et de la musique, un accord a également été signé avec « la Femis (École nationale supérieure des métiers de l’image et du son) pour la formation de jeunes professionnels du cinéma, et avec l’Institut national de l’audiovisuel, (Ina) pour la numérisation de leurs archives », a précisé la ministre, alors que son homologue saoudien annonçait la première participation officielle de son pays au festival de Cannes. Une participation symbolique, avec la projection de neuf courts métrages saoudiens et l’organisation de rencontres professionnelles.

SOURCES: Palais de l’Elysée, Ministère de la Culture, bfmbusiness.bfmtv.com, lemonde.fr, culturebox.francetvinfo.fr

Date de première publication: 12/04/2018

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. « Emmanuel Macron et le « soft power » de l’art » (Le Monde, 11/04/2018)

. « Après le Louvre Abu Dhabi, la France récidive en Arabie Saoudite » (Les Echos, 09/04/2018)

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