Le musée d’histoire naturelle de Lille a lancé le 20 avril 2015 une campagne de mécénat participatif pour financer la restauration de sa grande verrière abritant une trentaine de spécimens d’animaux naturalisés. L’objectif de cette opération est de récolter 7.000 euros, soit environ 20% du coût global de la restauration des lieux. Anne Carré, administratrice du musée, a accepté de répondre à quelques questions du Clic France.

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Pouvez-vous vous présenter ?

Anne Carré, je suis l’administratrice du Musée d’histoire naturelle de Lille depuis 2011.

J’appuie la directrice du musée dans la conduite globale de l’établissement et je coordonne la gestion de l’ensemble des ressources financières, humaines, informatiques… du musée. Je suis l’ensemble des projets du musée, avec une attention particulière pour les projets nouveaux, comme celui de la levée de fonds que nous sommes actuellement en train de mener.

Pouvez-vous nous présenter le Musée d’histoire naturelle de Lille ?

Le Musée d’histoire naturelle de Lille est un musée labellisé « Musée de France » et constitue le seul muséum du nord de la France.

Il dispose d’un ensemble de collections unique : zoologie, géologie, sciences et techniques et ethnographie soit 470 000 objets. Il ne présente que 5% de ses fonds et accueille désormais 90 000 visiteurs par an dont 60% ont moins de 25 ans.

Il s’agit d’une vieille institution lilloise à l’histoire complexe puisqu’il est issu de l’agrégation, au fil du temps, de quatre musées différents et est fortement lié à l’Université. Le premier Musée d’histoire naturelle est inauguré en 1822 dans les locaux de l’Hôtel de Ville de Lille. Il s’installera dans ses locaux actuels en 1902.  Initialement constitué autour de collections d’insectes et d’un tigre royal naturalisé, le musée s’étoffe peu à peu pour accueillir très dernièrement dans les années 1990, les collections d’ethnographie et de sciences et techniques.

grande verrière

Depuis, le musée n’a cessé de se développer et de diversifier ses activités : expositions temporaires, pédagogie, itinérances, soirées spéciales, expansion des collections, et aujourd’hui, ouverture aux nouvelles technologies. Il a modifié aussi fin 2013 ses horaires d’ouverture en proposant l’accueil du public le samedi et entre midi et 14h en semaine.

 Vous avez lancé le 20 avril 2015 une opération de financement participatif « Adoptez les animaux du musée«  . Quels sont ses buts ?

Le financement recherché vise à nous permettre de mener à bien le projet de restauration de la grande verrière du musée.

La grande verrière est une présentation emblématique du musée. Diorama datant de 1908, cette vitrine de 60m2 présente un ensemble de mammifères selon une proposition qui peut aujourd’hui sembler fantaisiste : en haut du rocher, les animaux vivant sous les plus hautes latitudes et longitudes et en bas, ceux vivant sous les plus basses latitudes et longitudes. Cette présentation a marqué la visite du musée pour de nombreux Lillois. Malheureusement, à la suite d’un dégât des eaux, elle est masquée aux yeux du public en 2002 jusqu’à ce que l’an dernier, le service de maintenance du bâtiment trouve une solution facile et peu coûteuse qui permet de rénover le plafond et les murs de la salle. Il nous semble dès lors important de pouvoir montrer à nouveau cette salle au public. On réfléchit donc à un projet de rénovation muséographique de la grande verrière : restauration des spécimens, rénovation du rocher et de la fresque.

 archive grande verrière

Le budget de l’opération est estimé à 35.000€, 60% du budget étant pris en charge par des fonds publics (Etat et Ville de Lille), 20% par du mécénat privé et 20% par du financement participatif.

 L’objectif de la collecte est de 7000€, il est absolument nécessaire pour mener à bien le projet.

Pourquoi choisir le financement participatif ? Est-ce lié à la nature du projet lui même ou bien le musée avait il déjà pour projet d’impliquer ainsi ses publics ?

Le financement participatif est fondé sur un système de valeurs qui sont celles que l’on porte dans le cadre du projet scientifique et culturel du musée : mettre le public au centre et le rendre acteur.

Le Musée d’histoire naturelle est proche de son public ; pour les visiteurs, c’est un musée convivial, familier et familial. Notre ambition, c’est d’amplifier ce mouvement : c’est au public d’insuffler son esprit et sa dynamique au musée. Recourir au financement participatif est donc une manière de donner une nouvelle place au public, de lui donner un rôle citoyen, de le faire interagir avec le musée, de concrétiser son implication dans la vie du musée et d’en marquer l’histoire. C’est un moyen de renforcer la communauté déjà existante.

 Par ailleurs, la somme qui manquait pour boucler notre budget nous semblait constituer un montant à la fois important et en même temps suffisamment « modeste » pour pouvoir être réuni par le biais du crowdfunding.

Vous avez fait le choix du site Culture Time, site de financement participatif spécialisé dans les projets culturels pour porter cette campagne de financement. Pourquoi cette plateforme plutôt qu’une autre (Ulule, Kisskissbankbank, MyMajorCompany) ? 

Nous avons procédé à une mise en concurrence dans le respect du code des marchés publics avec une procédure allégée : L’offre de Culture time était celle qui répondait le mieux à nos critères avec une attention portée aux contraintes des collectivités territoriales (gestion, image…).

Par ailleurs, Culture time a la spécificité de ne pas appliquer le principe du « tout ou rien » : le bénéficiaire des dons récolte l’ensemble de la somme collectée qu’elle ait ou non atteint le montant recherché initialement.

1974977_829252990445059_3667238830719088677_nEnfin, nous avions à l’esprit que ce qui primait, c’était le plan de communication que nous allions développer autour de l’opération, la plateforme n’étant que l’outil permettant concrètement la collecte des dons.

De quel accompagnement allez-vous pouvoir bénéficier de leur part ?

Le plus c’est de pouvoir s’appuyer sur l’expérience de la plateforme en matière de levée de fonds. On a donc sollicité la plateforme pour avoir des conseils dans la construction du projet et un suivi pendant la campagne (relais, partage des contenus…)

Comment avez-vous choisi les contreparties aux dons ?

On s’est inspiré des pratiques déjà existantes et on a essayé de proposer des contreparties qui soient attrayantes pour le public dans le respect des dispositions réglementaires, à savoir que la valeur de la contrepartie n’excède pas 25 % du montant du don.

En dehors du budget remporté, quels gains attendez-vous de cette campagne ? Atteindre de nouveaux publics, mobiliser votre communauté, faire parler du muséum, attirer des mécènes plus traditionnels  ?

Notre objectif de court terme est d’expérimenter un nouveau mode de relation au public basé sur le participatif, l’instantané, l’interactif. Il s’agit in fine aussi de moderniser l’image du musée, de renforcer et d’élargir la communauté des amoureux du musée. C’est la première fois qu’une mairie de la taille de la Ville de Lille se lance en direct dans l’aventure d’une levée de fonds, ce qui met effectivement les projecteurs sur notre initiative.

En une semaine, vous avez déjà atteint 50% de votre objectif de 7 000€. Avez-vous prévu des paliers au delà de ce premier seuil ? (au 13 mai, la campagne avait collecté 5 958 euros, soit 85% de l’objectif)

Nous ne pensions pas franchir aussi vite cette étape !

Nous sommes donc en train de réfléchir effectivement à des réalisations qui pourraient encore améliorer la muséographie de la grande verrière. Il nous faut aussi les budgéter.

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Est-il prévu de financer une médiation numérique du diorama si la levée de fonds le permet ?

Oui, cela fait partie des options possibles. Nous travaillons sur l’hypothèse d’un cartel numérique qui permettrait de proposer au visiteur des contenus documentaires vidéos et sonores en plus des informations données sous un format traditionnel.

Comment allez vous accompagner cette campagne en communication ?

Le plan de communication de la levée de fonds a été pensé en collaboration étroite avec la Direction de la Communication de la ville de Lille. En effet, nous avons dès le commencement du projet imaginé que le succès de la levée de fonds tiendrait à la qualité de la communication que nous saurions développer autour du projet. Le mode de communication à développer nous semblait prendre des canaux encore peu usités dans le cadre de la communication institutionnelle traditionnellement utilisée par le musée. Il nous semblait dès lors important de se mettre d’accord avec la DICOM sur les objectifs de cette campagne de communication et les moyens à utiliser : supports, messages, ton, media… La DICOM a en fait été si enthousiasmée par le projet qu’elle s’est proposée de nous bâtir le plan de communication. C’est elle aussi qui a réalisé les visuels.

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Nous avons aussi recruté une jeune chargée de communication en cours de formation afin d’assurer la mise en œuvre de la campagne de communication. Celle-ci est d’abord basée sur le numérique et l’animation des réseaux sociaux : sites web du musée et de la ville, facebook, twitter, instagram… L’idée est de valoriser de manière ludique les coulisses du musée et de donner à voir le travail qui va concrètement être réalisé par l’équipe autour du projet. Les posts et divers news ou tweets seront documentés par tout support : vidéo, dessin, photo, enregistrement audios…

Vous communiquez sur la levée de fonds avec une série de visuels légèrement décalés parodiant ceux du site de rencontre « adopte un mec ». C’est une volonté de s’adresser à un public plus jeune, qui n’a pas forcément connu le diorama ?

11156169_832193953484296_5430445996860648952_n10647051_834802379890120_7763447093335762639_nOui mais c’est aussi une manière légère d’interpeller le public et de s’attirer sa sympathie alors même que l’objet de l’opération est de tout de même demander une participation financière.

La campagne de communication, au delà du clin d’œil à « adopte un mec », bénéficie aussi de la cote d’amour que les animaux ont de façon spontanée auprès du public.

Est-ce la première opération de ce type que vous faites ?

Oui. Nous n’avions pas jusqu’alors porté de projet qui puisse se prêter à ce type de montage financier et le recours au financement participatif est très nouveau pour les collectivités territoriales.

En prévoyez vous d’autres ?

Pour le moment, non, mais le Musée d’histoire naturelle regorge d’idées pour de nouveaux projets qui n’ont pas encore trouvé de financements

Avez-vous déjà eu des retours de la part des donateurs qui expliquent la motivation de leur don ?

Deux types de donateurs se profilent pour le moment : tout d’abord, les personnes qui ont de l’affect pour le musée. Ainsi, un mail d’un donateur expliquait que le musée avait joué un rôle important dans son parcours professionnel et son amour de la biodiversité. Une autre jeune femme parlait du musée qu’elle avait connu étant petite.

L’autre typologie de donateurs concerne plus ceux qui ont l’habitude de s’engager dans des projets culturels, de soutenir des actions de ce type.

Avez-vous d’autres réalisations numériques récentes ?

Le musée a accueilli en 2014 le make-athon, Museomix. Cela a été pour nous l’occasion de transmettre nos savoir-faire et de les revisiter.

Nous testons actuellement un dispositif d’analyse numérique de fréquentation proposé par la start’up Anaxa vida dans le cadre des expériences interactives promues par Pictanovo.

Avez-vous de nouveaux projets numériques ?

Pas de manière précise mais nous restons toujours très attentifs aux questions et media numériques. Il nous semble que c’est un moyen de valoriser nos collections au-delà de nos contraintes physiques et ainsi de pouvoir encore mieux faire profiter au public du patrimoine qui lui appartient.

Interview réalisée par mail le 06/05/2015

Date de première publication: 13/05/2015

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