Le Centre Pompidou révèle les premières œuvres blockchain et NFT qui entrent dans sa collection

Partager :
Temps de lecture : 6 min

Le 10 février 2023, le Centre Pompidou a annoncé avoir fait l’acquisition ou avoir reçu en don un ensemble d’œuvres traitant des relations entre blockchain et création artistique, parmi lesquelles ses premiers NFT. Il s’agit de la première acquisition d’un ensemble de NFT par une institution publique nationale française, et de la première de cette importance par une institution dédiée à l’art moderne et contemporain. 

En janvier 2023, le musée Granet d’Aix en Provence avait annoncé la première intégration d’une oeuvre NFT dans une collection muséale française. (ARTICLE CLIC: Le Musée Granet d’Aix en Provence intègre des créations NFT à une exposition et à sa collection)

Cet enrichissement s’inscrit dans la stratégie du Musée national d’art moderne, depuis ses origines, d’accompagnement des artistes dans la conquête de nouveaux moyens de création.

Il est le fruit d’un travail conjoint avec les équipes scientifiques et administratives du ministère de la Culture.

“Le Web3 est un territoire innovant dont les artistes se sont emparés, et ces NFT prolongent notre acompagnement des artistes dans la conquête de nouveaux moyens d’expression”, commente Xavier Rey, le directeur de l’institution, dans un article du Monde.

  • 13 artistes et 18 projets

18 projets de 13 artistes français et internationaux ont ainsi été retenus par la commission d’acquisition du Musée national d’art moderne – Centre Pompidou, le 18 janvier 2023, et entrent en collection par don ou par achat.

Ces œuvres sont issues de pratiques et de cultures diverses : le crypto art, les arts plastiques, le net art et l’art génératif.

“Elles rendent compte de l’étonnante richesse des formes de création artistique liées à la blockchain, et de la variété des positions adoptées par les artistes face à ce phénomène” explique le Centre Pompidou.

«Hand-Hacked Bouquet 1», de Jill Magid est la première œuvre de la série «Out-Game Flowers»,
qui inaugure l’intérêt de l’artiste américaine pour la technologie NFT. © Jill Magid

Les premiers artistes et œuvres retenus par l’institution sont: Aaajiao (NTFs_aaajiao), Emilie Brout et Maxime Marion (Nakamoto (The Proof)), Claude Closky (NFT), Fred Forest (NFT-Archeology), John Gerrard (Petro National (Nigeria), Smoke Hands (dark)), Agnieszka Kurant (Sentimentite-Mt. Gox. Hack), Jonas Lund (Smart Burn Contract (Hoarder), Larva Labs (CryptoPunk #110, Autoglyph #25), Jill Magid (Hand-hacked Bouquet 1), Sarah Meyohas (Bitchcoin, Cloud of Petals), Robness (Bitcoin, Dorian Generatives), Rafael Rozendaal (Horizon 31, Horizon 59, Horizon 73), John F. Simon Jr (Every Icon #419).

  • Une mise en lumière des pratiques artistiques actuelles autour de la blockchain

La blockchain a considérablement marqué l’écosystème de l’art numérique, que ce soit sur le plan de la production ou de la circulation des œuvres. Les recherches menées par le Musée national d’art moderne sur ce phénomène ont permis de construire un projet d’acquisition ambitieux pour la collection «nouveaux médias», dédiée depuis la création du Centre Pompidou en 1977 à l’observation des usages artistiques de technologies émergentes.

Il s’agit moins de s’intéresser au phénomène culturel des « collectibles », collections d’images vendues par NFT, que d’explorer les usages créatifs les plus audacieux de cette technologie, engageant une réflexion singulière sur l’écosystème de la crypto-économie et ses incidences sur les définitions et les contours de l’œuvre d’art, de l’auteur ou de l’autrice, de la collection et du public récepteur.

“Ce projet vise ainsi tout d’abord à une approche sélective, dans la lignée des gestes forts de l’histoire de l’art qui, depuis le 20e siècle, assument une dimension conceptuelle pour aborder le monde contemporain et s’y inscrire en détournant l’usage commercial de ressources tant technologiques qu’artistiques”.

Le Centre Pompidou compte parmi ses missions une attention constante à la création émergente et à l’expérimentation artistique.

“Le Musée national d’art moderne, avec sa perspective historique, appelle à une approche scientifique, à la fois exploratoire et sélective. Il s’agit d’inscrire dans les collections de l’État des réalisations artistiques qui, par leur originalité, leur complexité et leur qualité critique sont à même de dialoguer avec l’histoire de l’art présente et à venir, par-delà les effets médiatisés du marché” explique le Centre Pompidou.

  • Enjeux environnementaux

Si cette exigence est synchrone d’un ralentissement du phénomène spéculatif observé ces deux dernières années, la maturation de la technologie NFT sur le plan énergétique a également été essentielle à l’engagement du Centre Pompidou en la matière.

Le passage récent de la blockchain Ethereum, la plus utilisée dans le monde de l’art, du très énergivore système de validation Proof of work vers celui du Proof of stake, présenté par certains comme 99% plus sobre, a été sur ce plan un signal particulièrement important.

« Sentimentite », d’Agnieszka Kurant. Photo Kunstgiesserei St Gallen AG. Courtesy de l’artiste et Zien
  • Un projet d’acquisition ancré dans une généalogie de la dématérialisation de l’œuvre d’art

Depuis les prémisses du Centre Pompidou, la collection du Musée national d’art moderne a accueilli des formes d’art qui, par leur caractère profondément novateur, défient les habitudes d’une institution patrimoniale en matière d’acquisition, de conservation et de diffusion de la création artistique.

La collection « nouveaux médias », notamment, a pour mission de s’intéresser aux formes d’art en lien avec les technologies émergentes. Cette mission a permis de réunir depuis les années 1970 un ensemble unique au monde, allant des pionniers du son électronique et de la vidéo (Peter Campus, Joan Jonas, Bruce Nauman, Nam June Paik, Julia Scher, Steina et Woody Vasulka, Bill Viola), à des œuvres numériques interactives, ou ayant recours à des technologies génératives.

Plusieurs générations d’explorateurs et d’exploratrices privilégiant l’outil informatique sont ainsi déjà représentés dans cette collection : Zoe Beloff, Claude Closky, Rainer Ganahl, Chris Marker, Mika Tajima, Juha Van Ingen, Young-Hae Chang Heavy Industries, etc.

La collection du Musée national d’art moderne témoigne, dans le même temps, d’une tradition d’œuvres « immatérielles », basées sur des certificats ou d’autres formes expérimentales de transactions : depuis le Chéquier d’Yves Klein (1959) jusqu’à la performance de Tino Sehgal, This Situation, œuvre de 2007 acquise en 2010 sans que l’artiste ne laisse aucune trace matérielle de la transaction, selon le protocole propre à sa pratique vivante, excluant toute forme d’archive. Autant d’œuvres qui rendent compte d’une généalogie
de la dématérialisation et de la reproductibilité de l’œuvre d’art, essentielle à la compréhension du phénomène des NFT.

  • Blockchain, NFT et pratiques de collection

À la différence d’autres jetons numériques, comme ceux utilisés en matière de cryptomonnaies, les NFT ne sont pas interchangeables – d’où leur qualification de jetons « non fongibles ». Cette unicité explique l’usage privilégié des NFT comme certificats ou titres de propriété de biens numériques, dont des œuvres d’art. Lorsqu’ils circulent sur le marché, les NFT permettent également d’automatiser la gestion de certains versants du droit d’auteur (dont le droit de suite, prévoyant que l’artiste touche à chaque vente de l’œuvre un pourcentage de la transaction). Les NFT sont aussi pour les créateurs un moyen d’entretenir une relation plus directe avec une communauté d’enthousiastes et de collectionneurs, en s’émancipant des acteurs traditionnels du marché de l’art.

Si ces jetons peuvent attester de la propriété d’une œuvre, ils en sont rarement le support, renvoyant dans la plupart des cas vers un fichier stocké extérieurement : on parle alors d’œuvres « off-chain ». Plus rarement, ils accueillent l’ensemble des informations constitutives de l’œuvre dont ils constituent véritablement un support : on parle alors d’œuvres « on-chain ».

  • Une exposition et une conférence en avril 2023

. Rendez-vous table ronde le samedi 8 avril 2023,15h

Dans le cadre de la programmation « vidéo et après », construite à partir des œuvres de la collection « nouveaux médias » du Musée national d’art moderne, une table ronde entièrement consacrée aux NFT se tient le samedi 8 avril 2023 au Centre Pompidou.

La parole est donnée en priorité à des artistes ; ils reviennent sur les effets qu’a eus le développement de la blockchain sur leur pratique, et sur le monde de l’art en général.

. Présentation des œuvres dans les salles du Musée national d’art moderne

L’ensemble des œuvres acquises fera l’objet d’une présentation au sein de la collection du Musée courant 2023. Celle-ci abordera les rapports entre les expériences artistiques et l’émergence du Web3 dans la dernière décennie mis en perspective par le prisme des problématiques plus larges de l’art de la seconde moitié du 20e siècle. L’histoire de l’art conceptuel constitue sur ce plan un référent particulièrement important.

“D’une part, l’art conceptuel a apporté des avancées marquantes sur la dématérialisation de l’œuvre à travers notamment les formes du protocole et du certificat. D’autre part, il a livré des analyses éclairantes sur les mécanismes de l’économie de l’art. Explorant les spécificités techniques de la blockchain, ou se saisissant des transformations occasionnées par celle-ci, les œuvres choisies prolongent également des questionnements au long cours au sein du domaine des nouveaux médias, tant sur le plan de l’évolution des supports de l’œuvre, que sur la gestion de sa rareté et de ses modes de diffusion” explique l’institution.

En complément de cette annonce, un article du Magazine en ligne du Centre Pompidou revient sur l’arrivée des oeuvres NFT dans sa collection.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Centre Pompidou (@centrepompidou)

www.centrepompidou.fr/fr/magazine/article/le-centre-pompidou-passe-a-lheure-nft

SOURCE: Centre Pompidou (CP), presse

PHOTOS: Centre Pompidou, artistes

PHOTO du carrousel: Série de NFT « CryptoPunks ». Générés algorithmiquement, il en existe 10 000 exemplaires. En 2023, le « CryptoPunk #110 » est entré en collection grâce à un don. © Yuga Labs

Date de première publication: 10/02/2023

Le Centre Pompidou est membre du CLIC

Laisser un commentaire