Grace aux lunettes Google, un artiste propose un voyage interactif dans le drapeau et l’histoire des Etats Unis

David Datuna est le premier artiste à utiliser et à intégrer la technologie Google Glass dans une œuvre d’art public. Cette expérience interactive autour de l’oeuvre « Portrait de l’Amérique » est actuellement proposée à la National Portrait Gallery de la Smithsonian Institution de Washington.

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Avant de devenir un artiste, David Datuna gagnait sa vie en tant que vendeur dans un magasin de lunettes. C’est peut-être ce premier métier qui l’a inspiré dans cette nouvelle forme d’art numérique.

Après avoir réalisé plusieurs œuvres autour du drapeau américain, c’est le même objet icone qu’il a choisi de décliner, déformer et enrichir grâce aux lentilles interactives de Google. En utilisant l’outil BrickSimple, Datuna est devenu le premier artiste au monde à réaliser une œuvre d’art public avec la technologie Google Glass.

L’oeuvre « Portrait de l’Amérique», a été présentée pour la première fois en décembre 2013 à Miami, pendant Art Basel.

Présentation vidéo du programme Open Content du Getty

Contenus interactifs enrichis

american portrait whashington 1920346_10201428286097737_545485012_nDe loin, le travail apparaît comme une réplique étincelante du drapeau américain, mais un examen plus attentif révèle une oeuvre bien plus complexe.

L’artiste a incrusté environ 2.000 lentilles dans un drapeau américain de plus de 3.5 mètres de long. Ce drapeau est ainsi composé de plus de 30 000 pièces différentes, comprenant des coupures de journaux, des photos de figures emblématiques et quelque 400 images, logos et clips de journaux disséminés dans la mosaïque de lentilles concaves et convexes.

Sous cette couche de lentilles, sont donc répartis des portraits des personnalités marquantes de l’histoire américaine.

On y découvre notamment le portrait d’Abraham Lincoln, le logo Twitter, une reproduction de portrait de Shepard Fairey de Barack Obama, des images de Steve Jobs, de chefs amérindiens, de Lady Gaga, Michael Jackson ou de Justin Timberlake.,

Grace à un localisateur GPS intégré à l’installation, quand un spectateur équipé des lunettes dirige son regard sur une partie particulière du drapeau, le dispositif commence à jouer l’une des plus de 50 séquences vidéo ou audio, tels qu’un extrait du discours de Barack Obama commémorant le 50ème anniversaire de la Marche de Washington vers le Lincoln Memorial, un extrait d’un discours de JFK ou un des premiers épisodes de la série animée Tom et Jerry.

Le résultat: une plongée un peu provocatrice dans l’identité et la culture de l’Amérique. Un cocktail étonnant et parfois détonant.

Comme l’explique l’artiste, « Il ne s’agit pas de mettre en avant la célébrité ou la richesse de ces personnalités, mais plutôt de montrer ce qu’ils ont fait pour construire notre pays ».

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Des représentants de musées américains testent les Google Glass face à l’oeuvre de Datuna

Réaction et interaction

Ces fonctions et contenus multimédia sont destinés à provoquer une réaction du public qui est d’ailleurs recueillie et partagée. Des petites caméras vidéo enregistrent le public quand il s’approche de l’œuvre d’art. Au même moment, les lunettes Google enregistrent de petites vidéos lorsque le public se déplace autour de l’œuvre.

« Cette oeuvre d’art d’un nouveau genre combine les lunettes Google avec de petits ordinateurs afin de fournir une expérience symétrique où l’oeuvre peut enregistrer les actions et réactions du public et les lunettes enregistrer les actions du public qui regarde l’oeuvre », explique Det Ansinn, président de la société BrickSimple qui a développé le logiciel.

Ces enregistrements sont ensuite diffusés sur le site personnel de l’artisteDatuna.com, ainsi que sur YouTube et Tumblr.

Au lancement de l’expérience artistique interactive à Miami, en 5 jours, plus de 2.000 personnes ont patienté dans la file d’attente pour découvrir l’œuvre d’art. Un  record qui devrait être battu à partir du samedi 15 au lundi 17 février lors de sa présentation à la National Portrait Gallery dans le cadre de sa programmation spéciale du « Jour du Président ».

« Pour la nouvelle génération, c’est un nouveau langage », explique Datuna. « L’utilisation de la technologie Google Glass est une chance de communiquer différemment et de combler une lacune entre l’art et le public. Avec Google Glass, « Portrait de l’Amérique » soulève des questions, et plus nous avons de questions, plus de réponses que nous recevons nous éclairent sur ce que nous sommes, pourquoi nous le sommes et quel est notre avenir ».

« Google Glass me permet d’amener le public à l’intérieur de l’art et de le rendre plus compréhensible. Cette technologie permet aussi de capturer et de partager les réactions du public et d’ainsi atteindre un public beaucoup plus large. Il s’agit de créer de nouveaux types d’expériences artistiques. »

Mais Datuna prévient « mon oeuvre n’est pas sur la technologie, elle l’utilise et l’intègre. La technologie n’est pas l’art; Elle l’embrasse. »

Les visiteurs n’ayant pas encore leur propre Google Glass, le musée de Washington en met à disposition une douzaine de paires, que les téléspectateurs peuvent emprunter pour voir l’exposition.

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Bientôt une version française ?

L’expérience n’est présentée à Washington que du 15 au 17 février, avant de poursuivre sa tournée à travers le pays.

Datuna a annoncé qu’il fera sans doute don de son oeuvre à un musée (qu’il n’a pas encore choisi), mais son voyage dans le monde des drapeaux avec les lunettes Google ne fait que commencer. Au cours des prochaines années, il prévoit de créer des pièces d’art sur le même concept dans 10 pays dans le monde, et notamment en Chine, en France et en Russie dans le cadre d’une série appelée « Point de vue en milliards ». Il envisage éventuellement de connecter ces 10 drapeaux ou de les fusionner, afin de « montrer les nombreuses personnes et objets qui ont façonné et continuent de façonner le monde ».

« C’est une surprise pour moi », explique Datuna« Quand j’ai construit le drapeau ce n’était pas seulement un voyage en Amérique, il s’agissait de construire quelque chose de novateur et de mettre l’art à un niveau différent. Je voulais mélanger de manière conceptuelle, l’art, les innovateurs, la technologie et voir ce qui allait en sortir ».

Par couche successive la technologie Google Glass révèle peu à peu son potentiel dans le secteur de la culture et de l’art, tant en matière de médiation, que de création.

 

SOURCES: Smithsonian Institution

Date de première publication: 16/02/2014

Photos: David Datona

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