Muriel Mussard (Musée Guimet) : « nous produisons actuellement un nouveau web documentaire sur les artistes contemporains chinois en France »

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Muriel Mussard, Responsable Internet et Multimédia au Musée Guimet, répond aux questions du CLIC France sur les nouveaux dispositifs web et mobiles de l’institution.

  • Quand est né le Musée Guimet ?

Le musée Guimet est né du grand projet d’un industriel lyonnais, Émile Guimet (1836-1918), qui souhaitait créer un musée des religions de l’Égypte, de l’antiquité classique et des pays d’Asie. Des voyages en Égypte, en Grèce, puis un tour du monde en 1876, avec des étapes au Japon, en Chine et en Inde lui ont permis de réunir d’importantes collections présentées à Lyon à partir de 1879. Il a ensuite transféré ses collections dans un musée construit à Paris, inauguré en 1889. C’est le musée de la place Iéna que vous connaissez.

  • Combien d’œuvres composent sa collection ? Caractéristiques principales de ces œuvres ? 

Plus de 60 000 numéros d’inventaire sont inscrits aux collections du musée Guimet et environ 4000 œuvres sont exposées. Les œuvres proviennent des plus grandes régions de l’Asie et sont réparties en huit sections géographiques (Afghanistan-Pakistan, Himalaya, Asie centrale, Asie du Sud-est, Chine, Corée, Inde, Japon) et en trois sections thématiques (Textiles, archives photographiques, trésors de la Bibliothèque). Les époques vont de l’Antiquité aux périodes des temps moderne et contemporain (XVIIIe-XIXe siècles), depuis quelques années des œuvres d’art contemporain ont également intégré les collections du musée. A ce titre, le musée Guimet est le plus grand musée d’arts asiatiques en Europe et ses collections sont reconnues pour leur valeur scientifique au niveau international.

  • Comment est organisé le numérique au Musée Guimet. Qui / quel service gère le site web, les audioguides, les applications mobiles, les réseaux sociaux, les newsletters… Décrivez votre organisation. Combien de personnes impliquées ?

En tant que responsable internet et multimédia, je suis en charge du numérique au musée Guimet. Mon rôle est vaste, il va du webmastering à la gestion de projets en passant par la gestion éditoriale ou le community management. En somme, il m’appartient de proposer une stratégie digitale globale en concertation avec le directeur des pôles fédérés du musée et, une fois validée, de la mettre en œuvre. Mon rôle est donc transversal, et je suis ainsi amenée à travailler avec l’ensemble des services du musée. Evidemment, dans la mise en place de certains projets, je collabore étroitement avec le service informatique, composé de trois personnes.

Pour répondre plus précisément à votre question, je coordonne tous les supports que vous avez cités, en impliquant, le cas échéant, les services ou personnes concernés. Néanmoins, il arrive parfois que certains projets numériques soient lancés de manière autonome au sein du musée. Ce qui est important, dans ce cas, c’est de s’accorder pour garder une homogénéité dans la stratégie…

  • Quelle est l’audience du site web ? 

Les chiffres de fréquentation varient beaucoup d’une année à l’autre selon les événements. En 2011, nous avons recensé 994 902 visites dont environ 60% de visiteurs uniques, soit une fréquentation légèrement en hausse par rapport à l’année précédente.

  • Vous avez lancé en 2012 une nouvelle version du site web. Quel était l’objectif de cette refonte ? Quelles sont les principales modifications ? 

Cela faisait plus de deux ans que le musée souhaitait renouveler son site internet, la dernière refonte ayant eu lieu en 2006, et cela a été finalement réalisé grâce au mécénat de NOMURA. Après des études auprès de nos internautes, nous avons cherché à répondre aux attentes de nos visiteurs. Résultat: nous avons créé une ergonomie et un graphisme simplifiés, ainsi qu’une navigation restructurée du site.

Toute la conception (ergonomie, ligne éditoriale, iconographie, gestion de projets) a été réalisée en interne, puis nous avons retenu, un prestataire technique (la société UNGI) et un prestataire graphique (Mosquito).

La mise en ligne du nouveau site www.guimet.fr a eu lieu le 2 février 2012. La principale modification a été de rendre le site plus dynamique, de l’inscrire dans le paysage actuel du Web, et de proposer dès la page d’accueil toute l’offre du musée. Esthétiquement, nous avons choisi de laisser parler l’iconographie, l’image habille l’espace. Sur le plan éditorial, la structure principale permet normalement aux internautes de trouver toutes les informations pratiques qui sont nécessaires à leur visite. Ensuite, pour ajouter une plus-value au site internet, nous avons choisi de fonctionner comme un magazine, avec des unes, des interviews et des dossiers, une manière de donner à guimet.fr une identité propre.

A ce stade, nous sommes en train d’intégrer les versions étrangères (anglaise, japonaise, chinoise et coréenne) et de proposer progressivement des médias diversifiés (sons, vidéos).

  • Avez –vous d’autres projets pour le web ?

Il est clair que le musée Guimet a la volonté de s’engager davantage dans l’univers numérique. Nous réfléchissons dès à présent aux dispositifs web et digitaux à mettre en œuvre pour les expositions temporaires qui auront lieu l’année prochaine. Le programme est assez hétéroclite – Bronzes archaïques chinois, textiles et culture japonaise, temples d’Angkor – et nous amène donc à diversifier les projets numériques en fonction de la nature très diverse des thématiques. Quelques idées, des ébauches … mais je ne peux malheureusement pas en dire plus pour l’instant !

  • Vous venez de lancer votre premier webdoc. Pouvez-vous nous en présenter l’esprit et les contenus ? quel en a été le budget ?

Dans notre optique de diversifier les médias et le ton sur guimet.fr, nous avons choisi de lancer ce format de web documentaire. Nous avons saisi l’occasion de l’exposition temporaire « Rochers de lettrés, itinéraires de l’art en Chine » (qui a eu lieu du 28 mars au 25 juin 2012) pour mettre en œuvre ce nouveau projet numérique.

L’idée première est de suivre les différentes étapes de la mise en place d’une exposition tout en évoquant son propos scientifique. L’internaute peut ainsi observer l’arrivée des œuvres, venues de Chine et des Etats-Unis, et leur installation dans les salles du musée. Il peut en outre visionner une interview de la responsable des expositions, écouter la commissaire de l’exposition et assister au vernissage officiel. Le musée Guimet est reconnu pour son excellence scientifique, comment alors transmettre le concept mis en avant par le commissaire de l’exposition tout en étant compréhensible par le plus grand nombre ? C’est ce questionnement qui nous a guidés pendant toute la réalisation du web documentaire.

Notre ligne éditoriale: respecter le propos scientifique en suggérant la sensation d’un visiteur au contact de ces œuvres, parfois millénaires. En l’occurrence, pour le sujet de cette exposition, il fallait transmettre l’esprit des lettrés chinois, ces artistes à la fois peintres et calligraphes, en quête d’absolu. De cette manière, grâce à ce web documentaire, nous répondons à deux attentes des visiteurs/internautes, d’une part découvrir les coulisses d’une exposition et d’autre part, en savoir plus sur son contenu.

  • Qui en a été le producteur ?

Après avoir déterminé en interne un scénario et rédigé un cahier des charges, nous avons lancé deux mises en concurrence auprès de prestataires externes pour sélectionner d’une part, une société de tournage et d’autre part, un web designer.

La société LWA-Turover a remporté le premier marché. Nous avons ainsi défini ensemble un calendrier de prises de vues et une direction artistique, en choisissant le parti pris du « mystère ». Le second prestataire retenu est Ancre noire, qui a réalisé le développement technique et le design, nous avons voulu ensemble un style épuré, l’idée principale étant de laisser toute la place à la vidéo, qu’elle soit le fil conducteur sur l’écran.

  • Quels en ont été les résultats ? que voudriez-vous améliorer ?

Les retours sur ce web documentaire sont très encourageants, l’esthétique du projet a été saluée. Via les réseaux sociaux, nous avons eu des remarques très positives des internautes, heureux de se glisser dans les coulisses d’une exposition et de découvrir un univers qu’ils n’auraient peut-être pas abordé seul, c’est finalement un peu comme une « passerelle » virtuelle.

  • Allez-vous renouveler l’expérience ? 

Oui, nous avons envie de réaliser d’autres web documentaires, en gardant des approches multiples, à la fois esthétique et didactique. Nous souhaiterions à présent préciser les axes éditoriaux, être moins généralistes, et aborder des thèmes complémentaires à ceux traités au musée.

En ce sens, nous sommes actuellement en train de produire un nouveau web documentaire, en partenariat avec l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, qui traitera des artistes contemporains chinois en France, en ligne a priori à l’automne … Créer ce type de format est un exercice très plaisant, qui fait appel aux méthodes journalistiques, un domaine que j’apprécie personnellement.

  • Vous venez de lancer un jeu sur facebook. Pouvez-vous le présenter ? quels en sont les premiers résultats ? 

En effet depuis le 26 juin dernier, une nouvelle expérience virtuelle est proposée aux internautes, les fans de la page Facebook du musée Guimet peuvent jouer en créant leur portrait chinois, via une application appelée ‘D’Asie et d’ailleurs’. Le principe du jeu est simple, chaque utilisateur répond à une liste de questions (Si vous étiez un film, un plat, un livre ou un dicton ?) et découvre la culture asiatique qui lui correspond le mieux (cultures nippone, khmère, chinoise, indienne ou coréenne). Il se voit alors proposer un parcours personnalisé au sein du musée et une entrée gratuite sous forme de billet électronique.

Cette application, développée par l’agence 24h00, a pour objectif d’augmenter le nombre d’abonnés et de visiteurs sur la page fan du musée et d’élargir le public en sensibilisant notamment une cible plus jeune. Nous sommes très heureux des résultats, nous avons augmenté de manière significative le nombre de Fans (plus de 4000 en un mois) et nous espérons avoir incité à la visite in situ, notamment auprès d’un public qui ne serait pas venu naturellement.

  • Depuis quand êtes-vous sur les réseaux sociaux ? 

Nous sommes présents sur Facebook et Twitter depuis 2009, le musée Guimet compte à ce jour plus de 12 000 Fans et près de 3500 followers. Cette année, le musée s’est également inscrit sur Google +. Il nous a fallu un peu de temps pour trouver un ton approprié, nous préparons régulièrement des plans de communication dans lesquels nous publions l’ensemble des activités proposées au musée (ateliers, conférences, cinéma, concerts, spectacles …) et évidemment les expositions !

Nous étions beaucoup trop institutionnels dans notre communication, aujourd’hui nous intégrons progressivement cette logique « conversationnelle » inhérente à ces plateformes sociales. Pour cela, nous sommes très bien conseillés par l’agence 24h00.

  • Imaginez-vous d’autres opérations spéciales utilisant ces réseaux ? Allez-vous lancer une invitation spéciale aux amis virtuels ?

Nous sommes très heureux des résultats de cette opération ‘D’Asie et d’ailleurs’ sur « Facebook », le nombre de fans a augmenté significativement en quelques semaines et les commentaires des socionautes sont très sympathiques ! Après ce premier test concluant, nous réfléchissons effectivement à d’autres opérations annuelles … Rien de concret à ce stade mais nous sommes assez enthousiastes sur le sujet, et surtout nous voulons être créatifs !

  • Vous avez lancé une application iphone et android pour l’une de vos expositions. Quels en ont été les résultats ? 

Nous avons en effet lancé une application mobile dans le cadre de l’exposition temporaire « Costumes d’enfants – miroirs des grands » (qui a eu lieu du 20 octobre 2010 au 24 janvier 2011). Il s’agissait de pallier le manque d’audio guides standards sur cette exposition en utilisant le support mobile, qui était très nouveau à ce moment. Le contenu était donc assez classique (textes, images, sons), le visiteur suivait un parcours, identifié au sein de l’exposition par une signalétique spécifique.

Il s’agissait pour nous d’un test. N’ayant pas de budgets dédiés à ce type d’opération à l’époque, nous avons accepté de travailler en collaboration avec une société américaine sous forme de partenariat. Le bilan est au final mitigé, certes le musée Guimet a été le premier musée français à publier simultanément sur les deux plateformes néanmoins le temps nécessaire à l’intégration des contenus en interne était beaucoup trop important.

  • Avez-vous d’autres projets en matière d’application ? une application pour la collection permanente ?

Depuis juillet 2011, le Musée Guimet propose une application générale pour Windows Phone 7. En outre, depuis la refonte de notre site internet, nous cherchons maintenant à développer la version mobile du site, en créant une ergonomie et des contenus adaptés à ce type de supports. Le projet est en cours…

  • Avez-vous des projets en matière d’audioguide ? Qui gère aujourd’hui votre audioguide ?

Le parc d’audio guides actuel a été mis en place en 2001 lors de la réouverture du musée Guimet. Les appareils sont disponibles gratuitement pour la visite des collections permanentes. Il s’agit d’outils standards proposant des commentaires sonores en huit langues, européennes et asiatiques.

Une réflexion globale est en cours au sein du musée pour la restructuration de la signalétique, la problématique sur les audio guides est incluse dans cette démarche. Nous attendons les premières conclusions de cette étude pour envisager des pistes.

  • Avez-vous d’autres outils numériques installés dans le musée (tables multitouch, bornes interactives, écrans tactiles) ? 

Il n’existe aucun dispositif de ce type in situ à ce jour au musée Guimet. De la même manière, les conclusions sur la restructuration de la signalétique nous permettront d’agir.

  • Avez-vous d’autres projets ou réflexions en cours sur d’autres sujets numériques ?

J’aurais très envie de travailler sur un projet de réalité augmentée … je crois avoir trouvé le bon sujet mais c’est un chantier qui demanderait beaucoup de temps, j’espère que des mécènes seront intéressés !

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Le Musée Guimet : INFOS PRATIQUES

Date de création du musée : 1889
Nombre de collaborateurs : 150
Nb d’œuvres dans la collection / dans le musée : environ 60 000 numéros d’inventaire / environs 4000 œuvres exposées
Surface du musée visitable : 5000 m2

Site web : www.guimet.fr
Page facebook
Twitter
iTunes (application):
Application « Costumes d’enfants – miroir des grands » sur Androïd
N’existe plus en téléchargement sur l’Apple store
Application « Musée Guimet » pour Windows Phone 7
Adresse : 6, place d’Iéna 75116 Paris
Contact activités numérique : Muriel Mussard – Responsable internet & multimédia
mail : muriel.mussard@guimet.fr
Contact téléphone : 01 56 52 53 95

 

Interview réalisée le 18 juillet 2012

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