Philippe Rivière (Cité de l’architecture): « nous souhaitons porter notre visioguide sur mobile »

Philippe Rivière, Responsable des services d’information de la Cité de l’architecture et du patrimoine, répond aux questions du CLIC. 

La Cité est un lieu culturel relativement récent et avait intégré ces technologies à sa création. Quelles ont été –selon vous- les principales innovations en matière de numérique appliqué à la culture ?

Depuis l’ouverture de la Cité en septembre 2007, les choses ont beaucoup progressé.

Je distingue deux types d’innovations :
– les innovations matérielles (le développement et la popularisation des terminaux mobiles ainsi que le tactilisation de nombreux supports mais aussi la 3D…)
– les innovations d’usages (réseaux sociaux…)

Les lieux culturels ont su s’approprier ou utiliser ces nouveautés à travers d’abord des expérimentations qui sont vite devenues des dispositifs à mettre à place pour les institutions. Aujourd’hui qui n’a pas sa page Facebook ou une application mobile ?

A sa naissance, la Cité a proposé des bornes interactives. Les utilisez-vous encore ?

La politique multimédia de la Cité est le fruit d’une longue réflexion menée avec différents acteurs internes et externes. Les parcours de visite dans les 3 galeries qui composent le Musée des Monuments français ont ainsi été pensés  avec de multiples dispositifs numériques dont certains interactifs. Ils tiennent une part importante dans la visite. 4 ans après, ces dispositifs sont toujours en place. Ils ont été enrichis, améliorés pour mieux répondre au rôle qui leur a été attribué dès l’ouverture.

Tous les ans, une nouvelle borne est créée autour d’un projet  regroupant les équipes scientifiques du musée et le personnel de la DSI (direction des systèmes d’information) pour que les nouvelles technologies soient mises au service du contenu. La dernière création est une table Multitouch de 65 pouces pour l’exposition Hôtel particulier, une ambition parisienne.

Vous avez récemment lancé la refonte de votre site internet. Quelle est son audience actuelle ? Quelles seront les principales innovations du nouveau site ? Avez-vous / allez vous changer de prestataires ? Quand sortira ce nouveau site ?

La Cité est présente sur Internet grâce à différents sites répondant à différents besoins :
– le site Internet
– le portail documentaire
ArchiWebture, le site de mise en ligne des fonds d’archives
Archimome, le site d’architecture pour le jeune public

Le site Internet est la porte d’entrée principale de cette galaxie de sites. En 2010, il a été visité par 1 million de visiteurs uniques qui ont vu 12 millions de pages. Les chiffres de l’année 2011 seront en légère augmentation.
Un nouveau site Internet sera mis en ligne en fin d ‘année. Il sera accompagné d’une nouvelle plateforme : une WebTV qui diffusera toutes les vidéos des événements qui se sont produits à la Cité (cours publics, Entretiens de Chaillot, colloques, journées d’études, expositions…) et divers colloques en direct dès 2012.

Produisez vous / allez vous produire des contenus enrichis (audios, photos ou vidéos) spécifiques pour votre site web ou vos réseaux sociaux ? Proposez vous du téléchargement en ligne / podcasting de tout ou partie de ces contenus ?

La Cité produit beaucoup de vidéos pour son site Internet (bientôt pour sa WebTV) : des captations ou des interviews. Elles sont disponibles sur notre site mais aussi sur notre chaine DailyMotion. Nous avons toujours privilégié la vidéo à l’audio et ne proposons pas de podcast pour le moment mais ce sujet est en réflexion.

La Cité est évidemment présente sur les réseaux sociaux. Quelles y sont vos performances ? Quel est / quels sont les réseaux les plus adaptés à vos actions de communication ou de marketing relationnel ? Avez-vous de nouveaux projets d’expansion en la matière ?

La Cité est présente essentiellement sur Facebook. Nous avons choisi de créer une page pour chaque entité identifiable ouverte au public pour qu’elles puissent diffuser des informations et se valoriser plus simplement. Nous avons donc une page pour la Cité, une page pour la bibliothèque de la Cité et une page pour le centre d’Archives qui regroupent en tout plus de 2 700 personnes. Le meilleur exemple est la page de la bibliothèque  dont l’administration est assurée conjointement par le responsable des systèmes d’information et le directeur de la bibliothèque. La Cité a crée depuis peu un compte Twitter qui sera administré par la direction de la communication.

La Cité de l’architecture a lancé en 2011 sa première application mobile événementielle autour de l’exposition BD. Quels en ont été les résultats ? Quelles bonnes ou mauvaises leçons en tirez-vous ? L’application a été développée par ou avec Orange. Quel bilan tirez-vous de cette coopération ? Avez-vous d’autres projets avec ce groupe ? Etait ce un mécénat de compétence ou Orange a produit et financé l’application ?

L’application Paris Comic Street (qui est toujours disponible sur l’App Store) est un Serious Game crée par la Cité et OrangeLab au moment de l’exposition Archi et BD qui s’est tenue à la Cité de juin à décembre 2010. Dans ce projet, la convention organisait clairement le travail : Orange fournissait le développement, la Cité le contenu.

Cette expérience fut, avant tout, enrichissante  pour la collaboration avec le service R&D de ce grand groupe.  La Cité est très satisfaite du résultat qui fait oublier le problème majeur que nous avons rencontré dans ce projet : la mauvaise évaluation du temps que les géolocalisations de toutes les questions dans tous les arrondissements de Paris allaient nous prendre …

Pourquoi n’avez-vous pas lancé d’application mobile vitrine de la Cité ? En avez-vous le projet ? Avez-vous d’autres projets en mobile ? Si oui, sur quelle thématique ? Avec un partenaire industriel ou un prestataire ? Gratuit ou payant ?

Pour l’exposition « Hôtel particulier, une ambition parisienne » (qui a démarré le 5 octobre), la Cité propose une application mobile consacrée aux Hôtels particuliers parisiens. A travers une carte de Paris où l’utilisateur peut se géolocaliser, et se laisser guider par les principes de réalité augmentée, plus de 300 hôtels particuliers lui seront proposés pour prolonger l’expérience de l’exposition. Une fois l’hôtel sélectionné sur la carte (au cours d’une visite dans Paris ou de chez soi) parmi les hôtels existants ou détruits de la base de données, des données historiques seront présentées (nom de l’hôtel, architecte, histoire, artiste, utilisation actuelle) et des illustrations viendront enrichir la visite. Cette application gratuite sera téléchargeable sur AppStore et AndroidMarket. Elle a été réalisée par la société Blueapps.

    

En projet, La Cité souhaite porter son visioguide  sur mobile en début d’année prochaine. Il sera disponible pour Iphone et téléphone sous Android sous forme d’une application en français et anglais.

Avez-vous un audioguide permanent ? Est une DSP ? Gratuit ou payant ? Quels contenus ? Comment voyez-vous l’avenir de l’audioguide par rapport au développement des guides sur téléphones mobiles ?

La Cité dispose d’un visioguide. Il se présente sous la forme d’un ipack permettant de regarder des vidéos expliquant les différents mouvements et replaçant les œuvres dans leur contexte. Il est géré entièrement par la Cité, matériel et contenu.

L’année prochaine il nous faudra changer de matériel et nous sommes en train d’étudier plusieurs solutions techniques. Nous voulons continuer à proposer à nos visiteurs l’utilisation d’un matériel prêté par nos soins. C’est sur ce matériel que nous avons engagé des discussions avec un mécène potentiel.

Pour votre prochaine exposition sur les hôtels particuliers de paris, le numérique est particulièrement présent. Pouvez vous décrire le dispositif ex-situ et in-situ ? Décrire l’application mobile et la table multitouch  Comment financez vous ces dispositifs ?

Pour cette exposition, la DSI a été associée très tôt à la réflexion pour mettre en place des outils numériques de médiation culturelle. De cette collaboration entre les commissaires d’exposition et la DSI sont nés différents projets :
– une carte tactile de Paris permettant de découvrir les hôtels particuliers de la Capitale est accessible dans l’exposition sur un écran de 40 pouces
– une application mobile pour découvrir les hôtels particuliers de chez soi ou directement en visite dans Paris est téléchargeable sur l’App Store ou l’Android Market
– une table multitouch proposant un dispositif pédagogique et ludique est proposée dans la dernière partie de l’exposition.

Cette table dont l’objectif de médiation culturelle est basé sur l’observation des hôtels, interroge les visiteurs sur les spécificités d’une dizaine d’hôtels type sélectionné par le commissaire d’exposition. Pour chaque hôtel, un jeu sur les plans des étages et un QCM illustré seront proposés. Les dimensions du dispositif permettront une utilisation à plusieurs en simultané (intérêt du multiutilisateurs). Cette installation s’adressera aux différents publics de l’exposition, et plus spécifiquement:
– Les visiteurs en attente de supports de médiation innovants.
– Les petits groupes de scolaires et d’enfants (de 8 à 16 ans)

Techniquement, il s’agit d’une table de 65 pouces avec une dalle tactile PQLAB 32 points de contact. Ce dispositif exceptionnel a été pris en charge par la DSI sur son budget d’enrichissement annuel des bornes interactives.

Vous avez déjà testé les tables multitouches. Dans quel contexte ? Pour quelle exposition ? Quelle technologie et quel prestataire ? Quel bilan en tirez-vous ?  Avez-vous d’autres projets d’utilisation du multitouch ?

La table multitouch de l’exposition est la première table acquise par la Cité. Toutefois, en avril 2010, la Cité a accueilli la société Mazédia pour la présentation de la table Multitouch crée pour l’abbaye de Fontevrault. Suite à cette expérience, nous avons travaillé avec eux pour l’étude préalable de notre table.

La table multitouch que nous avons achetée pour l’exposition sera bien sûr réutilisée dans la Cité. Les idées de réutilisation sont nombreuses. Nous devrons choisir si nous en faisons un dispositif pour les collections permanentes ou pour les futures expositions.

En dehors de cette exposition, quels sont vos autres chantiers ou réflexions numériques à moyen et à long terme ?

Chaque année, de nouveaux projets sont réalisés que se soit pour l’enrichissement des dispositifs en salle, pour des expositions ou pour développer la présence numérique de la Cité.

Pour résumer, en 2012, nous avons différents projets :

développer nos deux nouveaux sites (site web principal et WebTV)
créer notre  visioguide téléchargeable sur terminaux mobiles et changer notre matériel de consultation sur place
mettre en place le contenu numérique de l’exposition Mobilité du mois d’avril.

Tables multitouch, webTV, application mobile … la Cité de l’Architecture se développe tout azimut sur les réseaux numériques. Comment sont pilotés ces projets en interne ? Quels services sont impliqués ?

Tout ces projets sont pilotés et financés par la DSI et dans certains cas, par le service de production des expositions. Le positionnement de cette direction des systèmes d’information au sein de la Cité est assez particulier. Entre le purement technique et la connaissance des métiers de la Culture, elle a su devenir un référent en interne sur toutes les questions techniques. Elle fait le pont entre les nouvelles technologies et les besoins des différents services.
Elle finance, pilote, conseille sur les besoins et réalisations numériques de la Cité en étroite collaboration avec les autres directions ou services. Ainsi la table multitouch a été crée avec les commissaires de l’exposition, la WebTV avec la direction de la communication, le site Archimome avec le service des publics….

Les projets sont, dans leur grande majorité, financés par la Cité. Nous recevons ponctuellement quelques aides grâce à des appels à projets du Ministère de la Culture (par exemple, le premier appel à projets culturels innovants à permis le financement de 50% du site archimome.fr) et grâce au statut de pôle de associé BNF de la bibliothèque de la Cité pour notre plan pluriannuel de numérisation. Nous sommes actuellement 5 à travailler dans cette direction. Cela demande beaucoup d’implication et une vraie passion dans ce que nous faisons.

Retrouvez le site de la Cité de l’architecture et du patrimoine

Interview réalisée par Pierre Yves Lochon (octobre 2011)