Lorsque le Museum of Old and New Art (MONA) en Australie a ouvert ses portes en 2011, l’objectif était de réinventer l’expérience muséale traditionnelle. L’établissement privé était dans une situation unique; il avait la capacité d’intégrer la technologie à toutes les étapes du projet. Ce travail a abouti à ce que le MONA appelle l’application « O Tour », une innovation technologique qui permet d’ajouter du contenu numérique directement dans ses salles d’exposition et de le capter grâce à un arsenal de 1 300 iPod.

Un musée sans cartels

Le MONA cherche à se différencier de plusieurs manières. Par exemple, le musée n’a pas de cartels qui renseignent les visiteurs sur les œuvres d’art présentées.

Chaque iPod contient, en revanche, une étiquette de repérage qui permet de localiser les visiteurs n’importe où dans le musée en temps réel.

Grâce à cette technologie Wi-Fi exclusive, l’application « O Tour » est en mesure d’offrir plusieurs fonctionnalités novatrices. Par exemple, au lieu de devoir lire les cartels, les visiteurs ont accès à des renseignements supplémentaires s’affichant sur l’iPod qu’on leur a prêté, en fonction de l’œuvre d’art à proximité. Lorsque plusieurs œuvres sont très près les unes des autres, de petites vignettes aident les visiteurs à trouver celle qui les intéresse.

Les iPod ne sont pas optionnels

Les appareils Apple sont fournis gratuitement à tous les visiteurs, mais le prix de la location est compris dans le prix d’entrée. Les membres du personnel prennent le temps d’expliquer en quoi consiste l’application « O Tour » à chacun des visiteurs à leur arrivée. L’objectif est d’éliminer autant que possible les difficultés d’ordre technologique. Tout au long de la visite autoguidée, tous les renseignements sont fournis à l’utilisateur au moyen d’un iPod Touch.

Chaque visite est différente

Le système de positionnement à l’intérieur du musée est précis à quelques mètres près. Les utilisateurs peuvent ensuite accéder à du contenu additionnel, comme des descriptions, de la musique et des vidéos. Comme prévu, le contenu mis à disposition est basé sur la proximité de l’utilisateur par rapport aux différentes œuvres. Toutefois, le contenu variera d’un utilisateur à l’autre.

Cette fonctionnalité est particulièrement utile lorsqu’un groupe de personnes visitent une exposition en même temps, p. ex. une famille ou un groupe d’écoliers. La présentation de contenu varié encourage les visiteurs à parler entre eux de l’œuvre d’art et d’échanger différents renseignements.

La répartition aléatoire du contenu est un moyen efficace de combattre le syndrome des « têtes baissées », où les visiteurs passent plus de temps à regarder leur appareil mobile qu’à admirer les œuvres exposées. Les produits d’interprétation au MONA ne sont pas une distraction; au contraire, ils ajoutent à l’œuvre d’art. Les iPod ne prennent pas toute la place.

Vous êtes-vous déjà demandé comment les visiteurs parcouraient une exposition? Quelles œuvres sont les plus aimées, regardées, admirées, boudées, commentées? Le MONA a élaboré l’application « O Tour » en gardant ces questions à l’esprit. Cette application offre un autre type d’expérience muséale, où les cartels ont été remplacés par des iPod fournis à tous les visiteurs.

La visite se poursuit à la maison

Pendant la visite, les visiteurs sont invités à fournir leur adresse courriel. Ceux qui acceptent de le faire pourront reprendre en ligne la visite qu’ils ont faite, une fois à la maison. La visite virtuelle retrace le parcours exact du visiteur dans le musée et, en 3D, elle est encore plus impressionnante! La visite est reproduite dans les moindres détails. Les œuvres d’art sont d’ailleurs présentées dans l’ordre où l’utilisateur les a regardées. Celles que le visiteur a omises ou manquées sont affichées dans une autre section. Les utilisateurs peuvent également échanger des œuvres d’art particulières avec leurs amis après la visite.

Pour le musée, le système d’orientation fournit des données en temps réel sur la visite de chacun des visiteurs au musée. Les responsables peuvent donc voir comment la plupart des gens décident de se déplacer dans le musée. L’application « O Tour » comporte également une option J’aime/Je déteste pour chacune des œuvres d’art. Les visiteurs peuvent ainsi soumettre leur opinion concernant certains objets. En retour, le musée recueille d’abondantes statistiques concernant les habitudes de visite. On peut déterminer quelles sont les œuvres les plus appréciées, celles que les visiteurs ont admirées plus longuement et celles qui sont les plus détestées.

Pas pour la plupart des musées

Malheureusement, on n’a pas de renseignements sur le coût lié à l’élaboration de cette expérience muséale technologique. Le fait que ce soit un nouveau musée a énormément aidé, car celui-ci n’avait pas à se préoccuper d’anciens systèmes ou de membres qui auraient été contrariés par la transformation radicale des expositions.

Article rédigé pour le site RCIP du Ministère du Patrimoine Canadien

Article original paru le 17/04/2013

Site web du musée

Extrait de l’article paru dans Libération (19/04/2013):

« Le muséographe

Walsh a d’abord enterré les salles pour inverser les rapports. «Lorsque vous entrez au Metropolitan à New York, vous êtes dominé par l’ensemble. Je voulais l’inverse.» Dans sa grotte moderne, il s’éloigne du classique cube blanc. On y descend par un grand escalier circulaire, sombre et théâtral. A chaque étage un bar et ses cocktails, qui donneraient presque à certains l’envie de ne jamais remonter. L’une des galeries principales est habillée de lourds rideaux de velours rouge. Sur les murs, aucune étiquette. La désorientation fait partie du jeu. Perdre ses repères aide à appréhender les œuvres avec un œil neuf. «Je ne voulais pas de textes didactiques ni de légendes. Il s’agissait de démonter les structures qui font que les gens se sentent écrasés par quelqu’un ou quelque chose quand ils visitent une expo. Je voulais retirer le stress que le musée génère pour que ceux qui ne sont pas académiciens se sentent à l’aise.»

A l’accueil, on se voit confier un iPod. Un GPS accompagne le visiteur avec des interviews, des historiques succincts, un bouton like, un bouton hate. «Dans l’industrie de l’art, on prétend présenter des œuvres de façon neutre, sans chercher à influencer le public. C’est de la connerie.» Au dernier sous-sol, d’immenses murs de grès suintent l’eau, preuve que la nature a, ici, encore des droits. Une installation fait apparaître dans une cascade les mots les plus tapés sur Google à l’instant même : «Obama», «data», «conflict», «flat», «Triffit» (joueur australien de cricket). Hipsters et familles de touristes se mélangent aux jeunes gens chics venus de Melbourne et de l’étranger (700 000 visiteurs depuis son ouverture). »

SUR LE WEB:

. L’hurluberlu du bout du monde (next.liberation.fr)

. MONAism (journal.davidbyrne.com)

. TASMANIAN DEVIL (newyorker.com)

. Australia: MONA’s “The O” mobile guide (exhibitdev.wordpress.com)

. MONA: The world’s most far-out museum (travel.cnn.com)

. David Walsh talks about the future of MONA (abc.net.au)

. Australia: MONA’s “The O” post-visit website (exhibitdev.wordpress.com)

. Experiencing The O at MONA – a review (freshandnew.org)

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