DOSSIER / Avec la photographie en gigapixels, le public peut explorer les oeuvres dans leurs moindres détails

Popularisé par Google pour sa plateforme Google Art & Culture, la technologie du gigapixel -ou photo très haute résolution- se développe dans les musées français et internationaux, comme un moyen nouveau de valorisation en ligne des collections, mais également pour la médiation in-situ. Tour du monde de ces expériences par lesquelles des musées permettent à leur public -réel ou distant- d’explorer leurs chefs d’oeuvres dans leurs moindres détails.

Qu’est ce que le gigapixel ?

Un pionnier: Le Carnegie Museum of Natural History 

Google popularise les gigapixels d’oeuvres d’art

« Du web au in-situ »

Google lance son Art Camera

Les 41 tableaux en gigapixel du Musée des Beaux Arts de Lyon

Musée Fabre Montpellier: des gigapixels bientôt utilisés in situ

PBA de Lille: des gigapixels dans l’atrium et en ligne

Le point de vue de Gilles Alonso, photographe en gigapixels

 

Qu’est ce que le gigapixel ?

Une image gigapixel est une image composée par un gigapixel, soit un milliard de pixels, ce qui équivaut environ à plus de 500 fois la précision d’un appareil photo numérique d’entrée de gamme à 1 mégapixel.

Le gigapixel permet donc de plonger au cœur des plus beaux chefs d’oeuvres de la peinture ou des panoramas naturels les plus incroyables, afin d’y découvrir des détails insoupçonnés, dans une expérience très immersive.

Pour obtenir une image en gigapixel, voire les 320 gigapixels de cette incroyable photographie de Londres, il faut prendre de nombreuses photos en HD que l’on assemble ensuite sur ordinateur.

Pour l’image de Londres, 48 640 clichés, pris sur une période de trois jours, ont été traité et assemblé en une seule image pendant trois mois. Si l’on devait imprimer celle-ci à sa résolution normale, la reproduction mesurerait plus de 23 mètres sur 98 (un terrain de basket mesure 28 mètres sur 15).

La puissance des processeurs permet dorénavant de produire ce type de clichés mais surtout de pouvoir les diffuser auprès du grand public.

Quel intérêt pour un usage patrimonial ?

L’intérêt d’utiliser les images gigapixels est multiple. Il offre un formidable outil pour faire interagir le public avec du contenu, l’immerger dans une image et lui faire explorer ainsi un objet ou un lieu complexe. C’est également une manière de présenter du contenu sous une forme originale et plus interactive. Le gigapixel est enfin une nouvelle approche du storytelling par l’image, qui permet à l’utilisateur d’entrer dans une image, et donc une oeuvre, par des zooms successifs.


Un pionnier: Le Carnegie Museum of Natural History 

Ce sont les muséums d’histoire naturelle qui ont d’abord eu l’idée d’intégrer les images gigapixels dans l’expérience de leurs visiteurs. Depuis 2009, le Carnegie Museum of Natural History a ainsi invité les visiteurs à découvrir des pétroglyphes retrouvés dans le désert d’Arabie Saoudite.

Dans ce projet intitulé Stories in the rock, les animaux se dévoilaient peu à peu en zoomant sur les dessins gravés il y a plus de 6 000 ans. Dans un autre espace du musée, The Big Bone Room, les collections de fossiles du musée s’exploraient également en gigapixel.


Google popularise les gigapixels d’oeuvres d’art

Mais c’est le Google Art Institute qui a réellement popularisé l’usage du gigapixel dans un contexte culturel. Dès 2013, les musées rejoignant la plateforme Google Art Project, devenue Google Art & Culture, se sont vus offerts la numérisation en gigapixel d’un de leurs chefs d’oeuvres pour une intégration sur la plateforme mondiale.

A la date du 22/04/2018, 1 728 oeuvres sont ainsi proposées sur la plateforme, rassemblées dans le dossier gigapixel.
  • Une double exploration en gigapixel dans l’exposition Chagall de la Cité de la Musique 

Dans le cadre de son exposition « Marc Chagall : Le Triomphe de la musique » (18/10/2015 – 31/01/2016), la Cité de la Musique et Google se sont associées pour proposer deux expériences numériques, qui ont utilisé les reproductions en gigapixels d’oeuvres de Chagall, et notamment le plafond de l’Opéra Garnier. 

2 expériences ont été proposées:

L’exposition à la Philharmonie débute par une salle entière dédiée au plafond de l’Opéra Garnier commandé en 1963 par le ministre de la Culture André Malraux. La première salle proposait la projection d’un film exceptionnel. Grâce à un drone, les moindres détails du plafond de l’Opéra ont été numérisés en haute définition par Google. Montées en travelling, les images zooment sur la toile peinte en hommage au panthéon musical personnel de l’artiste, soit 14 compositeurs, et l’accompagnent de la musique correspondante: Carmen pour Bizet, La Flûte enchantée pour Mozart etc.

. dans « La Petite Boîte à Chagall », l’espace pour les enfants de l’exposition, un dispositif numérique (table multitouch et grand écran vertical) permettait aux jeunes visiteurs d’explorer le plafond de Chagall, en zoomant dans les détails en très haute définition, accompagné des extraits musicaux utilisés dans la première salle de l’exposition.  Utilisant les contenus gigapixels produits par Google, l’expérience numérique enfants a été conçue par la société Buzzing Light.

Présentation du partenariat avec Google:

  • Brueghel en gigapixels sur la toile et dans les salles des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Quelques mois plus tard, le 15 mars 2016, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique et l’Institut Culturel de Google lancaient – en première mondiale – le projet Bruegel / Unseen Masterpieces qui réunit huit prestigieux musées internationaux autour de la figure de Bruegel l’Ancien.

À travers une large palette d’expériences accessibles en ligne et au cœur du musée, cette initiative inédite propose à chacun de s’immerger dans les chefs-d’œuvre de Bruegel. Ainsi, 12 peintures – soit un quart des peintures de Bruegel encore existantes et dont certaines n’ont pas voyagé depuis plus de 100 ans en raison de leur fragilité- sont disponibles en ligne en ultra-haute résolution grâce à la technologie Gigapixel. Le Google Art Project devient ainsi la plateforme de référence pour les oeuvres de Bruegel avec 45 peintures, dessins et gravures accessibles en ligne.

Mais le projet Bruegel / Unseen masterpieces propose en fait un dispositif multi-expériences in et ex-situ

Le dispositif se compose des éléments suivants:

– 19 expositions virtuelles accessibles librement sur la plateforme en ligne de l’Institut Culturel de Google, dans l’espace Bruegel du Google Art Project, explorent les chefs-d’œuvre du peintre, documentant sa vie, ses influences et son héritage (Bruegel et son tempsles mythes de Bruegell’artiste et son artBruegel pour les enfants …)

– Dans l’enceinte des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 12 de ces expositions multimédia sont présentées sur des stations interactives développées spécialement dans le cadre du projet.

(c) D-Sidegroup, 2016
(c) D-Sidegroup, 2016

Pour la première fois depuis le lancement du Google Art Project, un musée partenaire -les musées royaux des Beaux Arts de Belgique- bénéficie d’un grand nombre de numérisation d’oeuvre en gigapixel. En l’occurence, 6 chefs d’oeuvres de Bruegel ont été numérisé et sont diffusés sur la page Google Art Project du musée (qui offre en outre 143 autres images et 12 expos virtuelles)La Chute des anges rebelles(1562), Paysage d’hiver avec patineurs et trappe aux oi… (« 1565 »), Le Bâilleur (undated), Le Dénombrement de Bethléem (1566), La Chute d’Icare (undated) et L’Adoration des mages (undated). 

Un projet d’envergure internationale

Le projet Bruegel / Unseen Masterpieces a une vocation internationale : réunir virtuellement toutes les peintures connues et conservées du maître flamand afin d’en proposer une rétrospective digitale accessible à tous. Ainsi, un quart des peintures de Bruegel l’Ancien (sur la quarantaine d’œuvres recensées à ce jour) peuvent désormais être admirées en ultra-haute résolution, grâce à Google et à 8 prestigieux musées, européens et américains partenaires : Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles; The Frick Collection, New York; Gemäldegalerie, Staatliche Museen zu Berlin, Berlin; The Metropolitan Museum of Art, New York; Museum Boijmans van Beuningen, Rotterdam; Museum of Fine Arts, Budapest; Royal Collection Trust, Londres; et Statens Museum for Kunst, Copenhague.

  • En 2016, Google lance son Art Camera

Après avoir signé des accords de coopération avec plus de 1 000 musées dans le monde et numérisé en gigapixels plusieurs centaines de chefs d’oeuvres, l’Institut culturel de Google a souhaité développer cette offre en permettant aux musées de reproduire eux mêmes leurs tableaux.

Le 20 mai 2016, l’institut basé à Paris a révélé son nouvel appareil photo : l’Art Camera. Une « machine » développée par ses ingénieurs, qui va voyager dans le monde entier pour prendre des photos ultra-haute résolution des peintures des plus grands musées. Dans le cadre de test, 1 389 tableaux ont déjà été numérisé en gigapixels avec cette nouvelle caméra.

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Comme l’explique l’Institut dans son communiqué: « tout le monde aime observer les œuvres d’art dans leurs moindres détails, et l’Institut culturel de Google l’a bien compris. Des millions d’internautes se plaisent ainsi à explorer nos images ultra-haute résolution en gigapixels, centimètre par centimètre. Ils y découvrent à chaque fois quelque chose de nouveau, comme une signature cachée ou de petites touches de peinture qui donnent l’impression d’une mer tumultueuse et dansante. Zoomer sur ces clichés s’apparente en quelque sorte à scruter l’image réelle avec une loupe ».

Le Port de Rotterdam, Paul Signac, musée Boijmans Van Beuningen

L’Art Camera est un appareil photo robotisé, spécialement conçu pour créer plus rapidement et plus facilement des images en gigapixels. Il est dirigé automatiquement, de détail en détail, par un système mécanisé et prend des centaines de clichés en gros plan et en haute résolution à chaque étape. Pour garantir une bonne mise au point, l’appareil est équipé d’un laser et d’un sonar qui utilise des sons à haute fréquence pour mesurer la distance avec l’œuvre…

Lorsque la captation photo est terminée, les milliers de photos en gros plan sont assemblées avec un logiciel, comme un puzzle, pour en effacer les coutures.

Présentation vidéo de l’Art Camera:

Au moment de son lancement public, 1 389 tableaux avaient été numérisés en ultra-haute résolution avec l’Art Camera, notamment des œuvres de PissarroSignacRembrandtVan GoghMonet et bien d’autres provenant de musées en Australie, en Inde, aux Pays-Bas et au Brésil. De nombreuses institutions muséales (mais aucune de France) ont ainsi aidé Google à tester le nouvel appareil photo au cours des derniers mois. 

« Afin de leur donner les outils nécessaires pour mener à bien cette mission », l’Institut Culturel Google a annoncé que les caméras seront mises à disposition et même envoyées gratuitement aux musées volontaires.

Comme l’explique Google, « avec l’Art Camera, l’héritage culturel commun des musées sera accessible à plus grande échelle et de manière plus exhaustive, sur toute la planète. Désormais, plus besoin de vous rendre aux Pays-Bas, à Los Angeles et à New York pour admirer les six portraits de la famille Roulin, peints par Van Gogh. L’Art Camera fait le voyage pour vous ».

Si les modalités d’utilisation de la caméra étaient annoncés, les conditions juridiques et la propriété des reproductions numériques réalisées par l’outil n’ont pas été rendues publiques.

  • Le Musée des Beaux Arts de Lyon, musée français pionnier

Le musée des Beaux-Arts de Lyon a été le pionnier français en matière de gigapixels.

Le projet a démarré en 2013, suite à l’acquisition par souscription publique du tableau L’Arétin et l’envoyé de Charles Quint de Jean Auguste Dominique Ingres et suite aux premiers échanges avec Gilles Alonso, photographe. 3 campagnes ont été réalisées au musée (2013 – 2016 – 2017) et une campagne suivra en 2018

En juin 2018, 41 tableaux ont été numérisés et sont disponibles en ligne sur le site http://www.gigapixel-mbalyon.fr/

Le musée des Beaux-Arts de Lyon bénéficie également du gigapixel produit par Google dans le cadre de sa coopération avec Google Art & Culture. Ainsi, le tableau de Paul Gauguin Nave nave Mahana a été numérisé en ultra-haute définition grace à la Google Camera.

Le musée des Beaux-Arts de Lyon est ainsi l’une des « seules institutions muséales au monde à proposer une série de tableaux en gigapixel aussi riche et variée, en accès libre ».

© MBA Lyon – Stéphane Degroisse

5 Questions à Guillemette Naessens, Responsable du service communication et Stéphane Degroisse, 
Chargé du site internet et des nouveaux médias, Musée des Beaux-Arts de Lyon:

Pourquoi le musée a-t-il choisi la technologie gigapixels ?

La photographie en ultra-haute définition donne accès aux détails les plus infimes et inouïs des tableaux photographiés et à des informations iconographiques insoupçonnées.

Au-delà de l’intérêt scientifique et de l’émerveillement esthétique qu’elle procure, la sélection de plus de 40 tableaux en gigapixel du musée a pour objectif de valoriser les œuvres phares de ses collections tout en faisant mieux comprendre le savoir-faire des artistes, leur technique et leur travail sur la composition et la couleur à travers les époques et les mouvements artistiques. De la découverte à l’éblouissement, du jeu à la recherche, la photographie en gigapixel rend les collections accessibles au plus grand nombre de manière innovante et propose de multiples nouveaux regards et interrogations sur les œuvres.

Envisagez-vous de numériser d’autres oeuvres ?

Une dizaine d’œuvre va encore être numérisée avant juillet 2018, pour une mise en ligne prévue juste après les prises de vue au musée. L’ensemble devrait être prêt d’ici la fin de l’été 2018.

Comment faites-vous la promotion des gigapixels au sein du musée ?  

Des cartels enrichis précisant l’existence de contenus enrichis (visuels, vidéo, contenus sur l’appli mobile du musée…) et  notamment de photographies en gigapixel et un document de visite rappelant l’adresse du site http://www.gigapixel-mbalyon.fr/ seront mis en place et remis aux visiteurs dans les mois à venir.

© MBA Lyon – Stéphane Degroisse

Envisagez-vous une diffusion autre que sur le site web ?

En plus de leur présentation sur le site http://www.gigapixel-mbalyon.fr/, les œuvres photographiées en gigapixel et les contenus dérivés (vidéos, jeux) sont exploités de manière très régulière sur les réseaux sociaux pour mettre en avant de manière diversifiée différentes parties des collections.

Comment se fait l’articulation entre les gigapixels de Google et ceux du musée ?

Le musée des Beaux-Arts de Lyon est présent avec des contenus sur le site Google Arts and Culture depuis février 2018. le tableau de Paul Gauguin Nave nave Mahana a été numérisé en ultra-haute définition – technologie Google Camera. Ce tableau ouvre la sélection des 30 chefs d’œuvre du musée. En plus de cette histoire, 11 autres histoires sont disponibles, ainsi que 4 circuits de navigation dans les espaces du musée en Street View (jardin, salles du musée, chapelle, toits du musée). Certaines des histoires présentées – Femmes, Nature, Fleurs, Héros, Noir – sont des parcours thématiques qui correspondent à des documents papier distribués gratuitement sur place au musée, enrichis par des contenus vidéo, audioguides, textes enrichis, navigation dynamique dans les visuels en HD.

5 autres histoires sont intitulées Gigapixel s’appuient sur nos propres numérisation Gigapixels et proposent des plongées dans les détails d’œuvres suivant des thématiques spécifiques : Dans les yeux, Jeux de mains, Le carnet de tissus, Le bestiaire, La boîte à bijoux. Les détails extraits de nos 41 tableaux en gigapixel y sont donc éditorialisés et agencés pour proposer une navigation par thème ou par sujet dans les collections.

Ces contenus ont vocation à évoluer et à s’enrichir au fur et à mesure que de nouvelles œuvres des collections seront numérisées. De nouveaux thèmes seront proposés et mis en ligne pour compléter les histoires de navigation dans les détails d’œuvres déjà proposées sur le site Google Arts and Culture.

En résumé, Google a réalisé un Gigapixel, le Gauguin, et le musée a exploité et éditorialisé des navigations dynamiques à partir de détails issus de ses 41 œuvres photographiées en gigapixel. Le musée a vocation à développer cette collection de navigation suggérée dans les collections avec les prochaines œuvres photographiées en gigapixel. D’autres thématiques seront abordées selon la nature des œuvres qui feront partie de la campagne 2018.

Le musée est présent sur ces deux plateformes – site Gigapixel / Google Arts and Culture – avec des contenus similaires en ce qui concerne les détails dans les œuvres pour toucher des audiences en ligne diversifiées.

Les 42 oeuvres en gigapixels se retrouvent-elles sur le site web dédié ?

Oui – les thématiques par détails d’œuvre se retrouvent sur le site http://www.gigapixel-mbalyon.fr/ où elles seront également enrichies.

Quel est l’apport supplémentaire de votre présence sur Google ?

Le musée compte sur la « force de frappe mondiale » de Google, en termes de référencement, en mise en avant pour donner au musée une visibilité internationale. La promesse (l’incitation) est belle : Google va vous raconter des histoires à travers le musée. Ce n’est pas un hasard si Google a renommé nos 12 « Parcours thématiques »  en « 12 Histoires ».

Les fonctionnalités sont aussi plus importantes : possibilités pour l’internaute de se créer ses propres parcours grâce à un choix à la fois ludique et pédagogique par couleur/chronologie/popularité, de se créer finalement son musée imaginaire en regroupant des œuvres du même artiste, du même courant, du même thème… avec le formidable potentiel d’œuvres provenant des musées du monde entier dans son espace etc).

Exclusivement dédié à la contemplation de l’œuvre en très gros plan, le site Gigapixels propose de s’immerger véritablement dans le travail de l’artiste, de quasiment « disséquer son travail ». On tente de mieux comprendre ainsi comment travaillait l’artiste. Et c’est bluffant.

  • Musée Fabre Montpellier: des gigapixels bientôt utilisés in situ

Le projet gigapixel du musée a démarré en 2016.

5 oeuvres ont été numérisées par Gilles Alonso. Elles sont diffusées sur le site web du musée.

La page gigapixels du site web du musée propose également une oeuvre avec jeu des 7 erreurs.

3 questions à Anne Le Cabec, chargée du multimédia et des réseaux sociaux au Musée Fabre

Pourquoi le musée a-t-il choisi la technologie gigapixels ?

Afin d’enrichir le rapport à l’oeuvre, d’en permettre une découverte approfondie et un autre regard. Cette technologie nous semble particulièrement pertinente pour les tableaux foisonnants de détails (peintures flamandes…).

Une des 5 oeuvres de la collection numérisées et diffusées en gigapixels

Quel avenir pour cette technologie ? 

Notre prochaine étape sera de proposer une déambulation au fil des commentaires du conservateur afin d’en appréhender tous les détails.

Pour nous le projet est tout juste ébauché et nous avons encore beaucoup de choses à construire à partir des possibilités permises par cette technologie.

Envisagez-vous une diffusion autre que sur le site web ?

oui sur des tablettes pendant les visites ou des écran « all in one » en salle.

Page gigapixels du site web du musée Fabre

  • PBA de Lille: des gigapixels dans le nouvel atrium et en ligne

Depuis juillet 2017, dans le cadre de la rénovation complète de l’Atrium et des espaces d’accueil, le musée propose aux visiteurs une exploration de chefs d’oeuvres numérisées en gigapixels et diffusés sur 3 écrans géants 4K NEC. Depuis une interface tactile de navigation, le visiteur peut explorer les œuvres dans leurs moindres détails, laissant apparaître jusqu’aux jeux de matières, coups de pinceau et autres détails imperceptibles. Au fil de son exploration, des notices localisées dévoilent les secrets de chaque œuvre.

Par cette nouvelle expérience in-situ, le visiteur peut « prendre les commandes d’un zoom ultra puissant et découvrir les chefs-d’œuvre comme il ne les a jamais vus! ».

Il suffit de s’approcher de l’un des deux pupitres interactifs, de sélectionner une œuvre parmi la sélection, d’utiliser la tablette interactive comme une télécommande (et se déplacer dans l’image, zoomer, dézoomer), observer des détails invisibles à l’œil nu et découvrir les commentaires disponibles au gré de vos mouvements.

En juin 2018, les 8 œuvres disponibles en Gigapixels sont Dirk Bouts, L’Ascension des Elus dit aussi Le Paradis – Dirk Bouts, La Chute des Damnés dit aussi L’Enfer – Pieter Brueghel Le Jeune, Le Dénombrement de Bethléem – Francisco Goya, Les Vieilles ou Le Temps – Francisco Goya, Les Jeunes ou La Lettre – Jean-François Millet, La Becquée Claude Monet, Le Parlement de Londres. Une nouvelle oeuvre a rejoint l’espace gigapixels en février 2018: Donatello, Le Festin d’Hérode.

5 oeuvres en gigapixels sont déjà présentées sur une page dédiée du site web du PBA de Lille.

Les photographies ont été réalisées par Gilles Alonso, l’outil d’exploration sur les grands écrans a été conçu par Buzzing Light. L’AMO du projet global a été conduite par Sinapses Conseils.

  • Une oeuvre gigapixel du musée des Jacobins d’Auch visible sur le site du Met de NYC

Durant l’été 2018, le musée des Jacobins d’Auch a fait réaliser par Gilles Alonso la numérisation d’un tableau en plume aztèque, « la messe de Saint Gregory ».

L’oeuvre a été ensuite prêtée au Met Museum de New York dans le cadre de l’exposition « Golden Kingdoms », et par ricochet sa reproduction en gigapixels est maintenant visible sur le site web du Met.

Le gigapixel devient ainsi une nouvelle manière de faire « voyager » les chefs d’oeuvres français dans le Monde.

  • Le point de vue de Gilles Alonso, photographe en gigapixels

Choisi par les 3 musées mentionnés ci dessus (MBA Lyon, Musée Fabre Montpellier et PBA LIlle) pour réaliser la photographie en gigapixels de leurs chefs d’oeuvres, Gilles Alonso est ainsi devenu le « spécialiste » français du gigapixel muséal.

Sa première production remonte au printemps 2013, l’Aretin d’Ingres pour le MBA de Lyon. Et le photographe a aujourd’hui réalisé une « grosse cinquantaine » de reproductions en très haute résolution pour le MBA de Lyon, le PBA de Lille, le musée Fabre de Montpellier et le musée des Jacobins de Auch.

5 questions à Gilles Alonso, photographe:

. Quel est le budget moyen d’un gigapixel ?

Pour les tarifs cela va dépendre de plus en plus du projet, du nombre et du client… Je ne vais pas facturer de la même façon s’il y a du budget avec un mécène etc. ou si je dois travailler avec un petit musée.

Et le prix est évidemment dégressif.

Mais nous pouvons évoquer un budget moyen de 900 euros par oeuvre, avec postprod et fourniture du viewer web.

. Quelle est la durée moyenne de photographie gigapixel d’une oeuvre ? 

Pour un tableau moyen, il faut compter 3h de prise de vue et 4h de traitement.

Existe-til une limite de taille des tableaux ? 

Les limites de taille ont changé avec du nouveau matériel. on peut aller jusqu’à des tailles de 4/5 mètres.

. Quels sont vos nouveaux projets ?

Mon nouveau client et c’est mon plus gros appel d’offre remporté à ce jour (et de loin…) est la cité de la tapisserie d’Aubusson, pour laquelle je vais numériser une vingtaine de tapisseries en THD.

Je vais également réaliser une nouvelle campagne au MBA de Lyon d’ici l’été 2018.

. Imaginez-vous de nouveaux usages des gigapixels ?

Pour les nouveaux usages, l’atrium de Lille donne un bon aperçu d’un nouvel usage que l’on peut imaginer. Une expérience d’exploration enrichie par des commentaires et quelque chose de « contemplatif ». Un espace physique dans lequel ceux qui ne sont pas au pupitre peuvent quand même regarder.

L’atelier des lumières de Culturespace ou le Caravagio experience montrent une certaine envie d’experience immersive. ET dans ce contexte, la photographie en gigapixels permettrait des rendus meilleurs et donc plus immersifs.

SOURCES: musées, Gilles Alonso, Buzzing Light, Sinapses Conseils

Date de première publication: 25/09/2018

Le Palais des Beaux-Arts de Lille, le musée des Beaux-Arts de Lyon, le musée Fabre de Montpellier  et Buzzing Light sont membres et membre associé du CLIC France

Bruno Girveau (Palais des Beaux-arts de Lille) : « Nous avons fait le choix de privilégier d’abord le visiteur et son expérience de visite »

Le Palais des Beaux-Arts de Lille repense son atrium et offre de nouvelles expériences numériques

B.Ythier, C.Durant (Cité de la tapisserie d’Aubusson): « Le travail de numérisation en gigapixels permet une immersion originale du visiteur »

En 2018, Culturespaces ouvrira à Paris un centre numérique immergeant le visiteur au sein des gigapixels d’oeuvres majeures

Avec l’Art Camera, Google souhaite permettre aux musées du monde de produire et diffuser la photographie gigapixels de leurs chefs d’oeuvres

Le Musée des beaux-arts de Lyon propose une exploration (parfois ludique) de 13 chefs-d’oeuvre en ultra haute définition

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