Le prochain film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, Les Saisons, sortira au cinéma le 27 janvier 2016. Ce film raconte l’évolution des liens homme-nature depuis la dernière ère glaciaire jusqu’à nos jours. Sa sortie est accompagnée, en amont, par la mise en ligne d’une application-jeu documentaire gratuite pour tablettes intitulée Morphosis. L’ambition ? Comprendre l’évolution du climat et des paysages au travers des âges. Au lendemain de la COP21, le CLIC France a rencontré Pierre Cattan (Small Bang), le concepteur de ce projet qui associe numérique et sensibilisation aux problématiques de la préservation de l’environnement.

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Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ? 

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Co-fondateur d’Usbek&Rica et du magazine TOC, j’ai créé avec Zazon la société de production Otoko Films en 2006. En 2009, avec Cinquième étage production, j’ai produit le documentaire d’animation Les Terres Imaginées (60’, Canal +) et l’hypervidéo interactive Happy world : Birmanie, la dictature de l’absurde (en co-production avec Upian). En 2012, j’ai fondé le studio transmédia Small Bang, produit et réalisé  les lives de Mediapart, Les Minidocs pour accompagner Alt Minds, le jeu d’Eric Viennot, mais également des applications : Cinemacity (Arte, 2013), BirdLab (Vigie-Nature, Muséum National d’histoire Naturelle, 2014) et actuellement et Morphosis (FTV, 2015), une storyapp’ accompagnant le prochain film de Jacques Perrin, Les Saisons, et enfin Phallaina (FTV, 2016), une « bande défilée » sur tablettes qui sortira au Festival de BD d’Angoulême fin janvier 2016.

Comment est né le projet Morphosis ?

Cela fait suite à ma rencontre avec Stéphane Durand, le scénariste de Jacques Perrin, qui a écrit Océan, Le Peuple Migrateur et Les Saisons. Avec Jacques Perrin, ils étaient tous deux désireux d’avoir un dispositif qui permette d’accompagner le film dans des dimensions aussi explicatives qu’émotionnelles.

Quel est le concept du projet ?

095176A titre personnel, en tant que spectateur et fan de Jacques Perrin, en regardant ses films, j’ai souvent l’impression d’assister à un opéra visuel qui met en situation de pleine conscience, mais qui me laisse aussi plein de questions : Les Saisons est une construction émotionnelle qui montre à quel point les hommes se conçoivent comme une espèce en dehors d’un écosystème précieux. L’idée de Morphosis est d’avoir plus de détails, des explications, le nom des animaux, etc…

C’est le chercheur britannique Georges Monbiot qui m’a donné la clef pour la narration de Morphosis, dans la conférence qu’il a donné sur le ré-ensauvagement du parc de Yellowstone. Il y détaille notamment la notion de « cascade trophique« , un mécanisme à mi-chemin entre l’effet domino et l’effet papillon, un ensemble de liens de causes à effets qui construisent un équilibre naturel. C’est parce qu’on réintroduit le loup que les cervidés ont de nouveau un prédateur, et c’est parce qu’ils retrouvent le besoin de se cacher pour échapper au loup qu’ils cessent de manger la végétation, que la pollinisation s’est relancée et avec elle une autre part de la faune sauvage, au point que des barrages ont pu être réintroduits avec l’arrivée des castors.

On a donc pris des moments significatifs de l’évolution du paysage avec des histoires de la nature et de l’homme qui se croisent pour raconter une plus grande histoire ! Le premier épisode raconte comment on a domestiqué le loup pour avoir le chien, et le dernier épisode conclut sur la réintroduction du loup à Yellowstone.

Quelle est l’expérience utilisateur proposée par l’application ?

L’expérience utilisateur est faite pour suivre la transformation du paysage dans le temps, pour comprendre que notre monde est le fruit d’une construction et qu’il est possible de continuer à le faire évoluer. Les enfants comprennent aussi que les paysages n’ont pas toujours été comme ça, et qu’on peut continuer de le faire évoluer.

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Morphosis est une story app, c’est-à-dire une histoire interactive. L’appli emprunte au jeu vidéo un certain vocabulaire dans les interactions mais celles-ci sont une modalité de la narration. Dans les jeux vidéo, le gameplay, c’est à dire la manière dont le joueur doit progresser dans le jeu pour arriver à la fin, est plus important que l’histoire. Ici, dans Morphosis, on inverse la hiérarchie: l’interaction devient une modalité de la narration.

Quel rôle joue l’application par rapport au film ? 

Morphosis est conçu pour donner une chaîne de valeurs : le film crée un lien d’émotion pour que nous posions un regard différent sur le monde sauvage qui nous entoure, il nous amène à regarder le monde sauvage comme un ensemble vivant précieux et non comme un décor. L’application arrive en avance sur le film (qui sortira le 27 janvier 2016) et dans un élément de permanence. L’idée est que ce soit une porte d’entrée dans l’univers des Saisons.

L’application est très riche en contenus. Sur quelles expertises vous êtes vous appuyées ? 

Nous avons travaillé avec Stéphane Durand, scénariste naturaliste, Jacques Perrin bien entendu, mais aussi avec deux autre scénaristes scientifiques, Laura Farrenq et Dorothée Deschamps, et un script doctor, Thomas Blanchet. Nous avons pu compter sur une équipe de scientifiques pour imaginer la grande évolution des paysages. Pour la période moderne dans l’application, nous avons fait appel à une agence d’urbanisme et de paysage, Oikos.

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Les fiches pédagogiques ont été rédigées par Alexandrine Stehelin sur la base du fond documentaire réuni par les scénaristes scientifiques de Morphosis, les quizz ont été imaginé par Benjamin Lelong, qui a assuré la production exécutive de Morphosis.

L’application est composée d’épisodes. Quel est le contenu de chaque épisode ? 

Le cadre du paysage ne bouge pas, l’utilisateur fait tourner la roue du temps pour faire défiler les 6 périodes historiques qui amènent à 18 épisodes qui permettent de comprendre les grandes évolutions de notre paysage en Europe. Chaque épisode comprend trois interactions sans aucune difficulté de type « glisser-déposer », « toucher » ou « glisser un élément ». Ces interactions permettent de soutenir l’attention de l’utilisateur, de rester actif et de participer à la narration : pas de temps limite, pas de score, pas de difficulté, les interactions sont fluides et la voix off et l’animation accompagnent l’utilisateur.

Quel est le public cible de l’application ?

C’est une application familiale, à l’usage des enfants à partir de 6 ans. Mais le sujet peut intéresser plus largement grâce à ses thématiques croisant les sciences naturelles, la biologie, l’histoire des civilisations et des révolutions techniques.

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Est ce un outil pour les enfants chez eux ou pour les enfants en classe ?

Nous allons lancer en janvier 2016 le site éducatif sur FranceTV Education issu de Morphosis qui proposera 24 fiches pour des explications plus scientifiques à l’usage des parents et des professeurs.

Les épisodes de l’application seront disponibles en mode linéaire, sans les mini-jeux interactifs, en HD, sur le site de France TV.

Nous avons travaillé avec des enseignants qui nous ont confirmé qu’il est plus simple d’avoir un contenu linéaire en classe à des fins pédagogiques, afin de le projeter à tous les élèves. Il est logique dans le cadre d’un projet transmédia de pouvoir se déployer sur plusieurs supports, pour enrichir l’expérience.

Quel est le lien entre l’application et le site de curation ? 

Nous avons condensé des milliers de documents pour écrire les épisodes de l’appli, et dans une logique de partage, nous avons ouvert un site de curation qui permet d’approfondir les sujets. Le tout est de rendre la complexité simple sans réduire le propos; c’est comme expliquer l’univers avec une pomme et une orange sans aller trop loin. Le site permet d’être plus exhaustif que l’application.

Au-delà de l’application pour laquelle on a condensé des milliers de documents, nous avons ouvert un site de curation qui permet d’aller dans le détail. Le tout est de rendre la complexité simple sans réduire le propos; c’est comme expliquer l’univers avec une pomme et une orange sans aller trop loin. Le site permet d’être plus exhaustif que l’application.

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Avez-vous également produit le site du film ? 

Oui absolument, c’est une porte d’entrée digitale dans l’univers transmédia de Saisons, au même titre que les livres, l’application ou le film.

Après l’application, le site internet et le film, le dispositif transmédia a-t-il une autre dimension ?

Nous avons mené un atelier d’urban gardening qui à eu lieu le weekend du 5 décembre 2015 dans le cadre de la COP21 et pour lequel fut créée une autoroute à insectes entre la Gare du nord et la Gare de l’est grâce aux habitants du quartier et aux citoyens. C’est l’épisode 17 sur la biodiversité en ville de l’application qui a émergé dans la rue grâce à une méthode de fabrication de jardinières durables fabriquées  avec des palettes recyclées. 350 plantes ont été planté sur 50m dans la rue d’Alsace ou il n’y avait pas d’arbres.

Ce projet associe de nombreux partenaires, qui a fait quoi ?

L’application Morphosis est une coproduction Small Bang et Galatée films.

Pour ce qui est de l’ensemble du projet, France télévision Nouvelles Ecriture l’a coproduit, le CNC l’a soutenu financièrement, en développement et en écriture. Pathé a financé le site internet et BayaM, l’éditeur numérique du groupe Bayard Presse, est notre partenaire de diffusion, puisqu’ils ont incorporé Morphosis à leur suite applicative.

Le Museum national d’histoire naturelle a été représenté par le laboratoire de science participative Vigie Nature : 4 épisodes de Morphosis sont liés à des ateliers de science participative de Vigie Nature: Les vers de terre, Sauvage de ma rue, Birdlab et Spipoll.

Quel est le budget du projet ?

Le budget de l’application Morphosis, du site de curation, des fiches pédagogiques, du site de France télévision éducation et les épisodes en linéaire est de 350.000 € tout confondu. Le CNC a financé 150.000€, France Télévision Nouvelles Ecritures 100.000€, France Télévision Education 10.000€, Pathé 50.000€ et Small Bang a apporté 40.000€ en industrie.

Vous aviez déjà travaillé sur l’application Birdlab avec le Musée national d’Histoire Naturelle ainsi que sur Cinemacity avec Arte. Quels bilans en tirez-vous ?

Birdlab est directement lié à Morphosis et a permis une collaboration directe entre des citoyens et des scientifiques pour faire avancer la connaissance des comportements des oiseaux dans les mangeoires.

Lire à ce sujet sur le site du Clic: Le Muséum lance sa première opération de sciences participatives associant jeu et observation sur smartphone

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Cinéma City a déclenché un enthousiasme fort. Pour ce qui est des développements à venir, nous attendons les prochains appareils qui seront probablement des écrans que l’on portera sur nous afin de superposer la couche digitale sur le champs de vision de l’utilisateur et de s’orienter dans la ville. On pourra alors aller d’un extrait à l’autre sans être perdu et sans avoir besoin de consulter un écran tiers. Avec la première versionde Cinemacity, on a réussi a faire du contenu situé et des balades cinéma qui sont concluantes, mais le téléphone n’est pas le support idéal.

Avez-vous d’autres projets dans le domaine du patrimoine (musées) ou de la science ?

Nous allons sortir à la fin du mois de janvier 2016, au festival de bande-dessinée d’Angoulême, une application avec France télévision Nouvelles Ecritures: Phallaina, une bande dessinée, créée par Martietta Ren. L’application sera la première bande défilée, c’est-à-dire une bande dessinée pensée pour l’écran avec un défilement horizontal. En plus de l’app’, une fresque physique de 115 mètres sera installée dans un rue d’Angoulême avec une bande sonore géosituée.

Nous avons aussi reçu en décembre une aide au développement du CNC pour poursuivre notre travail d’adaptation de l’Odyssée d’Homère en story app.

La culture et le patrimoine sont ils un axe de développement important pour SmallBang ? 

Tout à fait, nous souhaitons vraiment mettre nos compétences au service du patrimoine au sens large, matériel et immatériel, la ville, l’architecture, la nature ou l’agriculture. Pour Small Bang la culture et le patrimoine sont des axes majeurs.

Je trouve que les musées et lieux culturels sont des lieux de création et d’expérience physique absolument fondamentaux dans le contexte culturel en France.

Pour nous, la question est de savoir comment le musée peut créer une relation avec le visiteur sans que ce soit une communication ascendante et tout en gardant la programmation du musée au centre de cette relation. Comment est-ce qu’un fond documentaire ou une collection, présentés dans le cadre d’une exposition, peuvent exister aussi sous une forme numérique, ludique et interactive ?

C’est la question de l’application liée au musée. Aujourd’hui, beaucoup de musées se dotent d’une application mobile, et souvent les expositions ont une application dédiée. Pourquoi ne pas relier les deux, ajouter à l’application du musée qui ne sert qu’aux informations pratiques une partie du corpus muséal dans une version digitale interactive, pour donner envie de se déplacer ? Ce sont des chantiers enthousiasmants et c’est la raison pour laquelle j’irai cette année au Sitem pour la première fois avec beaucoup d’intérêt et de curiosité.

L’application est disponible sur Android ou sur Apple.

PHOTOS: Small Bang, Galaté Films

Propos recueillis au téléphone le 09/12/2015

Date de première publication: 14/12/2015

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