« Entendre le théâtre, un voyage sonore dans le XXe siècle »: la BNF et le CNRS lancent un site et une série podcasts

Comment a-t-on écouté le théâtre du XXe siècle ? Comment l’entendait-on ? Comment y parlait-on ? La Bibliothèque nationale de France et le CNRS s’associent pour lancer un site et une série de podcasts dédiés à la dimension acoustique et auditive de cet art. Une invitation à explorer, grâce à des archives exceptionnelles et souvent inédites, la diversité des voix et des sons du théâtre, ainsi que leurs évolutions dans la seconde moitié du siècle. De Jean Vilar à Rosy Varte, en passant par Habib Benglia, Antoine Vitez ou encore Maria Casarès, on y découvre ou redécouvre les voix puissantes, profondes et singulières de celles et ceux qui ont marqué les différentes scènes françaises.

À l’écoute des voix théâtrales

Le théâtre a connu au cours du XXe siècle des mutations majeures qui ont affecté la façon dont les voix s’y font entendre. Sous l’influence de la radio, du cinéma, ou encore du cabaret, les scènes françaises se sont mises, dans les années 1950 et 1960, à exposer de nouvelles façons, plus accessibles, de dire les textes dramatiques, tandis qu’étaient explorés de nouveaux territoires de l’oralité. 

« Entendre le théâtre », site web conçu grâce à un partenariat entre le CNRS, le département des Arts du spectacle et les Éditions Multimédias de la BnF, s’attache à raconter cette histoire sous l’angle de la voix. Riche de nombreuses archives souvent peu connues, il est organisé autour de plusieurs parcours couvrant aussi bien les aspects techniques de la représentation, comme les spécificités de l’acoustique théâtrale, que les dimensions historiques, esthétiques ou socio-politiques de la voix en scène, à l’image du dossier consacré à la place des accents, populaires, régionaux ou étrangers. Pour accompagner la mise en ligne d’Entendre le théâtre, une série de sept épisodes diffusés sur la chaîne de podcast de la BnF permet de revivre les grandes étapes de cette histoire, d’Ubu à l’Atelier de Création Radiophonique, et d’entendre les voix d’Antonin Artaud, Gérard Philipe, Madeleine Renaud ou Georges Aminel.

Un site web et une navigation en IV actes

Le site « Entendre le théâtre » s’attache à raconter cette histoire sous l’angle de la voix. Invitant à un voyage à travers de nombreuses archives. Ce site est organisé en quatre parcours couvrant aussi bien les aspects techniques, et d’abord acoustiques, de la représentation, que les dimensions esthétiques et socio-politiques de la voix en scène, en particulier ses accents, ou les modes d’existence purement auditifs du théâtre qui se développent à cette période via la radio et le disque.

Acte 1, Un lieu où l’on écoute

Acte 2, La scène parle et chante

Acte 3, Un théâtre accentué

Acte 4, Un théâtre médiatisé

Une série de 7 podcasts pour retracer l’évolution des sons et des voix qui ont marqué le théâtre français du XXe siècle

Grâce à des archives sonores exceptionnelles, la série podcast « Entendre le théâtre » explore en sept épisodes l’évolution des sons et des voix qui ont marqué le théâtre français du XXe siècle.

Sept chercheurs, issus de champs d’expertise différents, présentent l’histoire du théâtre à la radio, l’acteur Gérard Philipe, les auteur Paul Claudel, Antonin Artaud, ou Alfred Jarry, le personnage d’Ubu, ou encore l’itinéraire de quelques acteurs noirs de la scène française et même le théâtre du Soleil – autant d’invitations à réentendre les voix du théâtre et à revivre ce que fut le théâtre du 20e siècle par ceux qui l’ont incarné.

#1 – Gérard Philipe, le prince d’une génération
Gérard Philipe, symbole de toute une génération, fait l’objet du premier épisode de la série : disparu tragiquement en pleine gloire, à 37 ans, il a marqué le théâtre et le cinéma des années 1950. Julia Gros de Gasquet, comédienne et maîtresse de conférences à l’Institut d’Études Théâtrales de la Sorbonne Nouvelle, ravive le souvenir théâtral de cet immense comédien français à travers les enregistrements des pièces dans lesquelles il a joué.

#2 – Paul Claudel et Le Soulier de satin
Autour du Soulier de satin de Paul Claudel, œuvre exceptionnellement longue et multiforme, cet épisode permet de suivre l’évolution de la diction et de la voix scénique dans la deuxième moitié du XXe siècle. Pascal Lécroart, professeur de littérature du XXe siècle à l’université de Franche-Comté, y montre comment Claudel a repensé en poète et en technicien la voix « parlée » du théâtre.

#3 – Antonin Artaud et la naissance de la poésie en action
Dans les années 1950 et 1960 se développent à Paris des expériences artistiques qui lient poésie, oralité et expérimentations sonores. Cristina De Simone, maîtresse de conférences au département des arts du spectacle de l’université de Caen-Normandie, retrace le parcours de cette poésie en action, ou poésie performance, depuis les recherches d’Antonin Artaud sur la voix et le son jusqu’à la scène moderne, en passant par les expérimentateurs des années 1950-1970.

#4 – Le théâtre de l’altérité
Dans cet épisode, Sylvie Chalaye, professeure d’Études théâtrales à l’université de la Sorbonne Nouvelle, interroge les rapports entre identité vocale et couleur de peau, en particulier à travers les itinéraires de troiscomédiens, Habib Benglia, Daniel Sorano et Georges Aminel.

#5 – Le théâtre et la radio
À partir des années 1950 et jusque dans les années 1970, la radio s’affirme comme un canal essentiel dediffusion des spectacles et de la culture théâtrale, et devient elle-même le lieu d’une création originale et inspiratrice. Marion Chénetier-Alev revient sur les grands moments de l’histoire du théâtre à la radio et sur le rôle de la radio dans l’évolution du français parlé et des dictions.

#6 – Alfred Jarry et les voix spéciales d’Ubu
Pour Alfred Jarry, qui a écrit une première ébauche d’Ubu roi en 1888 alors qu’il était lycéen à Rennes, le Père Ubu, figure de tyran grotesque, devait avoir une « voix spéciale », une voix de marionnette, travestie, étrange. Marie-Madeleine Mervant-Roux, directrice de recherche au CNRS, revient sur ce que Jarry lui-même a décrit comme une « voix de phonographe » – en référence à l’appareil de reproduction sonore dont l’invention était encore récente.

#7- La conscience d’écoute
Enregistrer, c’est capter le son de l’instant, du présent. Mais au moment même de sa fixation, cet instant appartient déjà au passé, car un son enregistré représentera, au moment de sa réécoute, le témoignage d’un ancien temps présent. Le concepteur son Daniel Deshays expose ici la pensée qu’il a développée autour du son et de l’écoute.

L’ensemble des podcasts est disponible dans ce lien.

Les podcasts de la Bibliothèque nationale de France

La BnF est désormais présente sur les principales plateformes de diffusion de podcasts, d’Apple Podcasts à Spotify en passant par SoundCloud, Deezer ou Google Podcasts. Y sont disponibles les conférences, rencontres et lectures qui y ont lieu toute l’année à la Bibliothèque, ainsi que des créations originales telles que la série « Entendre le théâtre ».

A l’origine du site Entendre le théâtre, un projet de recherche scientifique

Le projet ECHO, initié par le CNRS, est né d’un constat simple : le spectacle théâtral, évoqué et enseigné à l’aide de textes, de photographies ou de productions audiovisuelles, est rarement saisi comme un événement sonore et auditif ; la salle où il se déroule n’est presque jamais décrite comme un lieu acoustique ; le jeu scénique est représenté par des images qui finissent par le trahir.

En sortant de leur oubli les enregistrements de spectacles de théâtre – nombreux et riches, dont beaucoup sont conservés par le département des Arts du spectacle de la BnF –, en reconstituant l’histoire architecturale et acoustique récente de deux salles (celles du Théâtre de l’Athénée et du Palais de Chaillot), en étudiant les modes purement sonores de diffusion du théâtre dans la période examinée : la radio et le disque, en collectant des témoignages de spectateurs pour mieux appréhender la part auditive de leur mémoire, les chercheurs d’ECHO ont contribué à l’écriture d’une autre histoire, phonique et vocale, du fait théâtral au XXe siècle et enrichi la réflexion plus générale sur la nécessité, aujourd’hui, d’une éducation à l’art de pratiquer (écouter, lire, mémoriser, transmettre, recréer), une langue poétique vivante.

En concevant ce projet de site pédagogique « Entendre le théâtre », les deux partenaires ont souhaité contribuer directement à cette éducation. 

Les collections sonores de la BnF

La BnF conserve une collection exceptionnelle de documents sonores sur le théâtre depuis les cylindres jusqu’aux sources numériques, en passant par les disques de tout type et les bandes magnétiques. Ils constituent la mémoire des voix parlées ou chantées, des musiques de scène, des bruitages, des ambiances sur le plateau ou dans la salle depuis le début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Il peut s’agir d’enregistrements en studio ou pendant la représentation, en intégralité ou par extraits, de bandes-son, de rencontres ou d’interviews avec les artistes, etc. autant d’occasions d’aborder l’art théâtral autrement que par la vision.

Phonographe à cylindre Pathé Le Coquet, 1903 (Collection Charles Cros)

Le département de l’Audiovisuel, qui remonte aux Archives de la parole crées en 1911, conserve, grâce au dépôt légal, tous les documents sonores publiés : disques pyral et vinyles, cassettes audio et compacts disque. On pense par exemple aux premiers disques Pathé ou Gramophone avec les voix de Sarah Bernhardt ou Maurice de Féraudy, ou à la « série spéciale TNP » composée de onze 33 tours qui donne à entendre Gérard Philipe ou Georges Wilson, ou encore à la discographie de Marcel Pagnol : Marius, Fanny et César publiée par la Compagnie Méditerranéenne de Films.

Le département des Arts du spectacle conserve des archives sonores inédites provenant des fonds d’archives des théâtres ou des compagnies, voire des artistes eux-mêmes. L’entrée de la discothèque de Louis Jouvet en 1961 marque le véritable point de départ de la collection qui a continué de s’enrichir jusqu’à réunir près de 20 000 documents audio aussi divers que ceux de Gaston Baty, de la compagnie Renaud-Barrault, de Marcel Maréchal, du TNP de Vilar à Wilson, puis du TNP de Roger Planchon, du Théâtre national de Chaillot jusqu’aux années Vitez, des Tréteaux de France, du Théâtre de l’Est parisien, du Théâtre du Soleil et de la Comédie-Française.

L’ensemble de ces documents est numérisé au fur et à mesure des dons et est consultable en salle de lecture. Pour la première fois en 2016 le département des Arts du spectacle a reçu les archives personnelles d’un créateur-son, avec le fonds de Daniel Deshays, collaborateur notamment d’Alain Françon, marquant ainsi la place primordiale du sonore dans la mémoire du théâtre.

SOURCE: BNF (CP)

PHOTOS: site web « Entendre le théâtre »

Photo du carousel: Théâtre du Palais de Chaillot : vue intérieure de la grande salle. Exposition internationale des « Arts et des Techniques appliqués à la Vie moderne » de Paris (dite Exposition universelle), 1937. Cité de l’architecture et du patrimoine, archives d’architecture du XXe siècle, fonds Jean et Edouard Niermans. © Avec l’accord gracieux de Marianne Niermans / Cité de l’architecture et du patrimoine

Date de première publication: 27/02/2020

La BNF est membre du CLIC France

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